L'Académie de Lu





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Les Chacals Rouges

(par Zandra-Chan)
(Thème : 5 morts)



L’esprit encore anesthĂ©siĂ© par la violence de l’altercation, je n’ai aucun souvenir du retour jusqu’à la planque. Ce n’est que lorsque l’on s’arrĂȘte devant l’entrĂ©e que je rĂ©alise que j’ai une mĂ©chante crampe Ă  l’épaule Ă  force de soutenir Esther.

Jin tambourine contre la porte blindée de son bras valide.

— Le mot d’passe ! aboie RafaĂ«l depuis l’autre cĂŽtĂ©.

— Pas ce soir, Raf'. Grouille, on a des blessĂ©s graves.

Un instant de silence plus tard, les loquets cliquettent un Ă  un et la porte s’ouvre. Machinalement, je descends les escaliers, Esther ayant pris notre sentinelle en guise de nouvelle bĂ©quille. J’en oublie jusqu’à mon petit rituel et ne cherche mĂȘme pas Ă  capter les derniers rayons de lumiĂšre dorĂ©e avant de m’enfoncer dans les tĂ©nĂšbres.

L’odeur de renfermĂ© de la cave, qui me fait d’habitude froncer le nez, ne m’atteint pas. La mine inquiĂšte qui se cache sous la couche de crasse des habitants de notre cachette sordide non plus. Mon esprit n’arrive pas Ă  se dĂ©tacher d’une pensĂ©e unique : qu’est-ce qu’ils vont faire subir Ă  Warell, avant de le tuer ?


La premiĂšre fois que Jin m’a parlĂ© du gang des Chacals Rouges, je pensais qu’il exagĂ©rait, juste pour me faire peur et me pousser Ă  ĂȘtre mĂ©fiante, en me disant “on sait quand ils sont passĂ©s”. Quand j’ai vu le
 “rĂ©sultat” de leur passage, j’ai vite compris que la menace Ă©tait Ă  prendre au mot. L’amas de corps dĂ©chiquetĂ©s au milieu de ce salon
 Esther n'avait pas supportĂ© le spectacle et s’était retournĂ©e pour vider son estomac. Je n’ai tenu le coup que parce que j’ai rĂ©ussi Ă  m’arracher Ă  ma contemplation pour questionner Jin – qui ne semblait pas Ă©tonnĂ© le moins du monde. Savoir que Warell est entre les mains de ces malades
 L’appel de Roumia me tire de mes pensĂ©es morbides. Je secoue la tĂȘte pour les chasser tout Ă  fait avant de m’avancer vers notre “mĂ©decin”, avec les quelques instruments que l’on est parvenus Ă  glaner au cours de nos expĂ©ditions. Je n’ai que quelques bleus ; d’autres ont laissĂ© un Ɠil, un bras, une jambe dans l’embuscade. Il est normal que je prĂȘte main forte.


Une puissante odeur de fer couvre celle du moisi ; les gĂ©missements des blessĂ©s remplacent les complaintes des “survivants”. Ce soir, ce n’est pas le sol bioluminescent qui va m’empĂȘcher de trouver le sommeil.


J’ai beau ĂȘtre lĂ  depuis deux mois – enfin
 ça doit faire deux mois, peut-ĂȘtre plus –, la notion du temps sous terre m’échappe toujours. Alors je ne sais pas s’il s’est Ă©coulĂ© une heure ou quatre quand de nombreux coups rĂ©sonnent soudain contre le mĂ©tal de l’entrĂ©e. TirĂ© de leur repos en sursaut, RafaĂ«l et Jin Ă©changent un regard aussi soucieux qu’étonnĂ©. Pas difficile de comprendre : les Chacals n’ont pas rĂ©ussi Ă  nous suivre, sinon ils seraient arrivĂ©s bien plus tĂŽt, et Warell ne peut pas s’ĂȘtre Ă©chappĂ©. On attend personne. La dĂ©sagrĂ©able sensation que quelque chose ne va pas se pose au fond de ma gorge. J’en dĂ©glutis malgrĂ© moi.

Notre gardien monte les marches quatre Ă  quatre pour rejoindre son poste alors que nos quelques lampes s’allument les unes aprĂšs les autres. Il braille son Ă©ternelle question, achevant de rĂ©veiller ceux qui somnolaient encore. ÉtouffĂ©e par le mĂ©tal, on entend pourtant clairement la voix du dernier membre de notre groupe supplier pour entrer. Un concert de soupirs de soulagement s’élĂšve. Jin hurle alors que Raf' ouvre les premiers verrous.

— N’ouvre pas ! C’EST UN PIÈGE !

L’indignation n’a pas le temps de se manifester. Alors que je cherche Ă  comprendre moi aussi le sens des propos de notre chef, une explosion retentit. Moins d’une seconde plus tard, le corps de RafaĂ«l arrive au bas des marches, broyĂ© sous la porte blindĂ©e soufflĂ©e de ses gonds et repeinte du sang de Warrel. Un Ă©pais nuage de poussiĂšre le suit de prĂšs. Puis le chaos se dĂ©chaĂźne.

Des voix. Des cris. Des coups de feu. Je lutte trop contre les particules qui me piquent les yeux et me brûlent les poumons pour réagir. Au travers de mes larmes, je distingue à peine un commando de Chacals Rouges qui investit rapidement les lieux, un masque à gaz chacun sur le nez.

Sans une once d’hĂ©sitation, j’en vois un tirer Ă  bout portant sur Lewis. Mon cƓur semble s’arrĂȘter. Roumia s’écroule aprĂšs la morsure de la machette d’un autre. La bile me monte Ă  la bouche. Un coup de marteau fait voler la mĂąchoire de Yhann jusqu’à mes pieds. Mon corps gelĂ© par la terreur refuse de bouger. Katarzyna s’effondre toute seule, la main crispĂ©e sur son cƓur fragile. ArmĂ© d’un pied de biche, Jordan bondit sur un des envahisseurs : il est violemment rabattu au sol par une batte de baseball, le crĂąne dĂ©foncĂ©. Floyd tente de fuir mais est vite rattrapĂ© par un malade Rouge qui lui Ă©crase la tĂȘte contre le mur d’un coup de botte. Mes mains tremblent. Je tremble toute entiĂšre alors que j’entends Robin Ă©touffer dans la poigne de fer d’un autre tortionnaire. Ses hoquets Ă©tranglĂ©s s’arrĂȘtent rapidement.

L’odeur de sang devient atroce. Ma gorge me brĂ»le. Un des monstres masquĂ©s se tourne vers moi. Je l’entends ricaner. Mon pantalon est trempĂ© ; je suis assise dans une flaque. Je n’ai mĂȘme pas senti que je m’étais fait dessus. Jin tente de voler Ă  mon secours. L’autre le saisit sans dĂ©licatesse par son bras en Ă©charpe et, d’un geste sec, lui broie la glotte de l’autre main. Mon chef s’écroule dans un borborygme, les yeux Ă©carquillĂ©s. Les miens se dĂ©tachent rapidement de son cadavre pour suivre celui qui s’approche et que je devine ĂȘtre mon bourreau. Un homme massif aux bras velus qui semble se dĂ©lecter de ma terreur. Il m’aurait dĂ©jĂ  tuĂ©e sinon. Il s'accroupit devant moi.

— Ben alors ? On aime pas le spectacle ?

Je devine son sourire. J’ai le cƓur au bord des lĂšvres. Il va m’tuer. Il va m’tuer. J’vais mourir. Il va m’tuer. Il jette un Ɠil par-dessus son Ă©paule – pour suivre l’évolution du carnage, sans doute. Mes muscles tĂ©tanisĂ©s rĂ©pondent enfin. Un chassĂ© de botte plus tard, l’homme s’écroule, les deux mains sur son entrejambe. J’ai dĂ©jĂ  la grille de l’aĂ©ration en main quand ses compagnons rĂ©alisent ce qu’il se passe. Une balle m’atteint au pied juste avant que je ne disparaisse dans le conduit. Avec un cri de douleur, je continue de m’enfoncer dans le boyau de mĂ©tal froid. Pour y avoir dĂ©logĂ© des souris, je sais qu’il fait un coude. Si je peux arriver jusque-lĂ  avant que le tireur n’approche
 ! Le palpitant au bord de l’explosion, je parviens Ă  l’angle. J’ai encore les dents qui claquent. J’essaie de me rassurer tant bien que mal : personne ne peut venir me chercher ici. Pourtant, je sens que ma cachette n’indispose aucunement ces cinglĂ©s sanguinaires. Encore en proie Ă  la panique, je me contorsionne dans le conduit pour m’éloigner de l’entrĂ©e aussi vite que possible. Un bruit, un choc Ă  peine un mĂštre derriĂšre moi me fait tressauter. J’écarte ma jambe pour voir ce qui m’a suivi. Une grenade. Mon sang se glace. J’vais mour-














JilanoAlhuin

Un texte trÚs sympa, les actions s'enchainent vite et c'est agréable ! (à lire hein, je suis pas fou... quoi que) ^^


Le 28/06/2021 à 15:32:00

















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