![]()
![]()
Contraintes aléatoires Contraintes à sélectionner soi-même Testeur d'auxiliaire Situations aléatoires (défi de Schrödinger) Textes sans commentaires Générateur de situation/synopsis
Carnage
Zandra-Chan
Spectacles
![]() Les Chacals Rouges(par Zandra-Chan)Lâesprit encore anesthĂ©siĂ© par la violence de lâaltercation, je nâai aucun souvenir du retour jusquâĂ la planque. Ce nâest que lorsque lâon sâarrĂȘte devant lâentrĂ©e que je rĂ©alise que jâai une mĂ©chante crampe Ă lâĂ©paule Ă force de soutenir Esther. Jin tambourine contre la porte blindĂ©e de son bras valide. — Le mot dâpasse ! aboie RafaĂ«l depuis lâautre cĂŽtĂ©. — Pas ce soir, Raf'. Grouille, on a des blessĂ©s graves. Un instant de silence plus tard, les loquets cliquettent un Ă un et la porte sâouvre. Machinalement, je descends les escaliers, Esther ayant pris notre sentinelle en guise de nouvelle bĂ©quille. Jâen oublie jusquâĂ mon petit rituel et ne cherche mĂȘme pas Ă capter les derniers rayons de lumiĂšre dorĂ©e avant de mâenfoncer dans les tĂ©nĂšbres. Lâodeur de renfermĂ© de la cave, qui me fait dâhabitude froncer le nez, ne mâatteint pas. La mine inquiĂšte qui se cache sous la couche de crasse des habitants de notre cachette sordide non plus. Mon esprit nâarrive pas Ă se dĂ©tacher dâune pensĂ©e unique : quâest-ce quâils vont faire subir Ă Warell, avant de le tuer ?
La premiĂšre fois que Jin mâa parlĂ© du gang des Chacals Rouges, je pensais quâil exagĂ©rait, juste pour me faire peur et me pousser Ă ĂȘtre mĂ©fiante, en me disant âon sait quand ils sont passĂ©sâ. Quand jâai vu le⊠ârĂ©sultatâ de leur passage, jâai vite compris que la menace Ă©tait Ă prendre au mot. Lâamas de corps dĂ©chiquetĂ©s au milieu de ce salon⊠Esther n'avait pas supportĂ© le spectacle et sâĂ©tait retournĂ©e pour vider son estomac. Je nâai tenu le coup que parce que jâai rĂ©ussi Ă mâarracher Ă ma contemplation pour questionner Jin â qui ne semblait pas Ă©tonnĂ© le moins du monde. Savoir que Warell est entre les mains de ces malades⊠Lâappel de Roumia me tire de mes pensĂ©es morbides. Je secoue la tĂȘte pour les chasser tout Ă fait avant de mâavancer vers notre âmĂ©decinâ, avec les quelques instruments que lâon est parvenus Ă glaner au cours de nos expĂ©ditions. Je nâai que quelques bleus ; dâautres ont laissĂ© un Ćil, un bras, une jambe dans lâembuscade. Il est normal que je prĂȘte main forte.
Une puissante odeur de fer couvre celle du moisi ; les gĂ©missements des blessĂ©s remplacent les complaintes des âsurvivantsâ. Ce soir, ce nâest pas le sol bioluminescent qui va mâempĂȘcher de trouver le sommeil.
Jâai beau ĂȘtre lĂ depuis deux mois â enfin⊠ça doit faire deux mois, peut-ĂȘtre plus â, la notion du temps sous terre mâĂ©chappe toujours. Alors je ne sais pas sâil sâest Ă©coulĂ© une heure ou quatre quand de nombreux coups rĂ©sonnent soudain contre le mĂ©tal de lâentrĂ©e. TirĂ© de leur repos en sursaut, RafaĂ«l et Jin Ă©changent un regard aussi soucieux quâĂ©tonnĂ©. Pas difficile de comprendre : les Chacals nâont pas rĂ©ussi Ă nous suivre, sinon ils seraient arrivĂ©s bien plus tĂŽt, et Warell ne peut pas sâĂȘtre Ă©chappĂ©. On attend personne. La dĂ©sagrĂ©able sensation que quelque chose ne va pas se pose au fond de ma gorge. Jâen dĂ©glutis malgrĂ© moi. Notre gardien monte les marches quatre Ă quatre pour rejoindre son poste alors que nos quelques lampes sâallument les unes aprĂšs les autres. Il braille son Ă©ternelle question, achevant de rĂ©veiller ceux qui somnolaient encore. ĂtouffĂ©e par le mĂ©tal, on entend pourtant clairement la voix du dernier membre de notre groupe supplier pour entrer. Un concert de soupirs de soulagement sâĂ©lĂšve. Jin hurle alors que Raf' ouvre les premiers verrous. — Nâouvre pas ! CâEST UN PIĂGE ! Lâindignation nâa pas le temps de se manifester. Alors que je cherche Ă comprendre moi aussi le sens des propos de notre chef, une explosion retentit. Moins dâune seconde plus tard, le corps de RafaĂ«l arrive au bas des marches, broyĂ© sous la porte blindĂ©e soufflĂ©e de ses gonds et repeinte du sang de Warrel. Un Ă©pais nuage de poussiĂšre le suit de prĂšs. Puis le chaos se dĂ©chaĂźne. Des voix. Des cris. Des coups de feu. Je lutte trop contre les particules qui me piquent les yeux et me brĂ»lent les poumons pour rĂ©agir. Au travers de mes larmes, je distingue Ă peine un commando de Chacals Rouges qui investit rapidement les lieux, un masque Ă gaz chacun sur le nez. Sans une once dâhĂ©sitation, jâen vois un tirer Ă bout portant sur Lewis. Mon cĆur semble sâarrĂȘter. Roumia sâĂ©croule aprĂšs la morsure de la machette dâun autre. La bile me monte Ă la bouche. Un coup de marteau fait voler la mĂąchoire de Yhann jusquâĂ mes pieds. Mon corps gelĂ© par la terreur refuse de bouger. Katarzyna sâeffondre toute seule, la main crispĂ©e sur son cĆur fragile. ArmĂ© dâun pied de biche, Jordan bondit sur un des envahisseurs : il est violemment rabattu au sol par une batte de baseball, le crĂąne dĂ©foncĂ©. Floyd tente de fuir mais est vite rattrapĂ© par un malade Rouge qui lui Ă©crase la tĂȘte contre le mur dâun coup de botte. Mes mains tremblent. Je tremble toute entiĂšre alors que jâentends Robin Ă©touffer dans la poigne de fer dâun autre tortionnaire. Ses hoquets Ă©tranglĂ©s sâarrĂȘtent rapidement. Lâodeur de sang devient atroce. Ma gorge me brĂ»le. Un des monstres masquĂ©s se tourne vers moi. Je lâentends ricaner. Mon pantalon est trempĂ© ; je suis assise dans une flaque. Je nâai mĂȘme pas senti que je mâĂ©tais fait dessus. Jin tente de voler Ă mon secours. Lâautre le saisit sans dĂ©licatesse par son bras en Ă©charpe et, dâun geste sec, lui broie la glotte de lâautre main. Mon chef sâĂ©croule dans un borborygme, les yeux Ă©carquillĂ©s. Les miens se dĂ©tachent rapidement de son cadavre pour suivre celui qui sâapproche et que je devine ĂȘtre mon bourreau. Un homme massif aux bras velus qui semble se dĂ©lecter de ma terreur. Il mâaurait dĂ©jĂ tuĂ©e sinon. Il s'accroupit devant moi. — Ben alors ? On aime pas le spectacle ? Je devine son sourire. Jâai le cĆur au bord des lĂšvres. Il va mâtuer. Il va mâtuer. Jâvais mourir. Il va mâtuer. Il jette un Ćil par-dessus son Ă©paule â pour suivre lâĂ©volution du carnage, sans doute. Mes muscles tĂ©tanisĂ©s rĂ©pondent enfin. Un chassĂ© de botte plus tard, lâhomme sâĂ©croule, les deux mains sur son entrejambe. Jâai dĂ©jĂ la grille de lâaĂ©ration en main quand ses compagnons rĂ©alisent ce quâil se passe. Une balle mâatteint au pied juste avant que je ne disparaisse dans le conduit. Avec un cri de douleur, je continue de mâenfoncer dans le boyau de mĂ©tal froid. Pour y avoir dĂ©logĂ© des souris, je sais quâil fait un coude. Si je peux arriver jusque-lĂ avant que le tireur nâapproche⊠! Le palpitant au bord de lâexplosion, je parviens Ă lâangle. Jâai encore les dents qui claquent. Jâessaie de me rassurer tant bien que mal : personne ne peut venir me chercher ici. Pourtant, je sens que ma cachette nâindispose aucunement ces cinglĂ©s sanguinaires. Encore en proie Ă la panique, je me contorsionne dans le conduit pour mâĂ©loigner de lâentrĂ©e aussi vite que possible. Un bruit, un choc Ă peine un mĂštre derriĂšre moi me fait tressauter. JâĂ©carte ma jambe pour voir ce qui mâa suivi. Une grenade. Mon sang se glace. Jâvais mour-
|