L'Académie de Lu





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Rencontre d’Aya

(par Zandra-Chan)
(Thème : MĂ©lange : self-insert / projet)



Bon. La premiĂšre fois que je me suis retrouvĂ©e paumĂ©e comme ça, j’étais dans un chĂąteau et mĂȘme pas dans mon propre corps. Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer et je sais toujours pas comment j’ai fait. Je pensais avoir maĂźtrisĂ© le truc en dĂ©couvrant comment aller et venir de l’AcadĂ©mie – quand bien mĂȘme lĂ -bas je n’ai pas une apparence “normale” non plus puisque c’est celle de mon avatar –, mais j’espĂ©rais au moins que les voyages indĂ©sirĂ©s cesseraient. Quelle erreur. Quelle naĂŻvetĂ©.

Avec une pointe d’angoisse, je commence par m’inspecter. Suis-je bien moi, cette fois ? Deux bras, deux jambes, pas d’excroissances ; deux yeux, un nez, une bouche, le tout avec des proportions plus que familiĂšres. Un miroir devrait me confirmer que tout va bien.

Mon regard se porte alors sur les alentours. Je suis manifestement dans un salon. Dans un appartement vaste qui n’est pas le mien. Et plutĂŽt bien fourni en derniĂšres technologies, la majeure partie des gadgets traĂźnant un peu partout m’étant Ă©trangers. Un sentiment de malaise croĂźt en moi alors que j’approche de la fenĂȘtre pour tenter de trouver un Ă©lĂ©ment familier auquel me raccrocher.

La rue, dans l’ombre froide des hauts immeubles qui la dominent, me semble tout droit sortie d’un film mĂȘlant science-fiction et apocalypse : la route, Ă  bien vingt mĂštres sous moi, est bioluminescente ; il y a des supports translucides de toutes formes et de toutes tailles – des affichages Ă©teints, trĂšs probablement – accrochĂ©s ici et lĂ  sur presque toute la hauteur des bĂątiments, d’innombrables vĂ©hicules sans roues Ă©crasĂ©s au sol, 
 et des corps. Des cadavres par dizaines, par centaines. Certains sont debout et errent, Ă  la recherche d’une pitance qui leur conviendrait. Plusieurs ont trouvĂ© satisfaction en dĂ©sossant des vĂ©hicules. J’ai peur de “reconnaĂźtre” les lieux. Enfin, pas les lieux, l’univers. Mon univers.

— Oh mer-...

Moi qui ne dit jamais de “gros mots”, celui-lĂ  a failli partir tout seul. La mĂąchoire serrĂ©e par l’angoisse, je tends soudain l’oreille. Je sais que les monstres que j’ai créés sont aussi bruyants qu’ils sont mortels. J’ai certes envie d’écourter ma visite, mais pas de cette façon.


Je progresse dans le couloir en tremblant. Rien ni personne pour le moment. Je m’aventure jusque sur le palier. Il y a du bruit dans la cage d’escaliers. Un Ă©cho de pas, assez proche. Quelqu’un qui monte, Ă  pas lents, rĂ©guliers. Discrets. Les crĂ©atures de ce monde ne sont pas assez subtiles pour faire preuve de discrĂ©tion ; c’est donc un survivant. Mais
 tous ne sont pas prompts Ă  l’entraide. Dans ma panique, je retourne dans l’appartement et claque la porte. L’oreille collĂ©e au
 “mĂ©tal”, je tente de discerner ce qu’il se passe de l’autre cĂŽtĂ©. J’avais dĂ©jĂ  oubliĂ© que, dans ce futur que j’ai créé, les problĂšmes d’insonorisation sont inexistants. Je cherche alors le judas ; mais dans cet univers, c’est une camĂ©ra et il n’y a pas d’électricitĂ© pour l’alimenter. J’hĂ©site alors beaucoup Ă  entrebĂąiller la porte pour tenter de voir ou d’entendre quelque chose. La main sur la poignĂ©e, doutant encore de la logique de l’action, je demeure immobile d’interminables secondes.

Je retiens difficilement un cri de surprise quand trois coups secs retentissent contre la porte. La personne dans les escaliers m’a trouvĂ©e. Comment ?! Je ne cherche mĂȘme pas Ă  le savoir. Je fuis lĂąchement pour aller trouver une cachette. Trois nouveaux coups Ă  l’entrĂ©e augmentent d’autant ma panique. Je suis plutĂŽt petite, il doit bien y avoir un coin oĂč on ne penserait pas Ă  chercher ! Les coups contre la porte ont pris de l’ampleur : clairement, la personne essaie d’ouvrir de l’extĂ©rieur Ă  l’aide d’un outil. Dans la salle de bain, je trouve un lave-linge – enfin, ce que j’ai identifiĂ© comme tel – assez grand pour que j’y tienne entiĂšre. Sans plus de rĂ©flexion, j’entre dans la machine et referme le hublot semi opaque tant bien que mal. Si je ne bouge pas, ça devrait le faire
 J’entends la porte cĂ©der. Je commence une vĂ©ritable Ă©preuve d’apnĂ©e malgrĂ© moi.

— On sait qu’il y a quelqu’un. Montrez-vous !

Muette d’étonnement, l’idĂ©e de rĂ©pondre ne me traverse mĂȘme pas l’esprit. C’est une voix de femme. De jeune fille mĂȘme. Et puis
 “On” ? Je constate vite qu’ils sont deux au son de leurs pas, maintenant asynchrones. Ma posture improbable comme mon apnĂ©e prolongĂ©e commencent Ă  me faire souffrir.

— Sortez, et sans gestes brusques. On peut discuter.

Des silhouettes se dessinent Ă  travers le hublot. La plus haute passe devant moi, s’arrĂȘte dans la piĂšce, en fait rapidement le tour avant de repartir. Des bribes de conversation me parviennent.

— C’est obligĂ© ; ‘y a quelqu’un. T’as regardĂ© partout ?

— 
 Ben
 J’ai vu personne en tout cas.

La seconde voix est bien plus grave. Un jeune homme. Mais je ne m’en soucie pas. Mes poumons sont sur le point d’exploser. Pour ne pas me trahir, j’essaie de souffler lentement pour reprendre une respiration normale. Je n’avais pas prĂ©vu de faire de la buĂ©e sur le hublot. AprĂšs de longues secondes de silence et d’angoisse, les gonds pivotent et je suis dĂ©couverte. Le garçon – un grand brun aux yeux bleus ocĂ©an et un nez d’aigle – me fixe, les sourcils haussĂ©s par la surprise. La fille – ma taille Ă  peu prĂšs, aux yeux noisette, des tĂąches de rousseur sur le nez et aux cheveux chĂątain clair attachĂ©s en une sommaire queue de cheval – a, elle, un sourire narquois. Je rĂȘve
 Pincez-moi, je rĂȘve !

— Moi qui pensais ĂȘtre la seule Ă  pouvoir tenir dans des endroits comme ça. Sors de lĂ  avant de choper un torticolis, m’ordonne-t-elle en pointant l’extĂ©rieur de la machine du canon de son pistolet.

Je m'exĂ©cute, les yeux Ă©carquillĂ©s. L'improbabilitĂ© de la situation me rend muette. Je ne peux m’empĂȘcher de les dĂ©tailler tous les deux. Il a bien sa petite cicatrice sur son menton imberbe, son vieux blouson malgrĂ© la tempĂ©rature, son jean rapiĂ©cĂ©, son sac Ă  dos bandouliĂšre
 Et elle
 C’est exactement ce regard dĂ©fiant que je lui avais imaginĂ© et que j’ai tentĂ©, Ă  maintes reprises, de lui faire sur mes croquis. Son foulard rouge autour du cou, son dĂ©bardeur blanc – plus si blanc que ça –, son pantalon large
 mĂȘme le vieux pied de biche Ă  moitiĂ© rouillĂ© qui dĂ©passe de son sac. Elle a tout. Tout ce que j’ai imaginĂ©.

— 
 Aya ? je lĂąche finalement.

C’est à son tour de hausser les sourcils.

— On s’connait ?

— Oui ! Enfin, non ! Euh, moi je te connais !

— D’oĂč ? J’t’ai jamais vue.

— E-euh, C’est normal
 Je
 Je t’expliquerai plus tard. Eum


J’essaie vainement de changer de sujet.

— Qu’est-ce que vous faites lĂ , Peter et toi ?

Le visage de mon interlocutrice se ferme. Je me mords la lĂšvre en rĂ©alisant que j’ai donnĂ© un nom de plus. La boulette. C’est avec un ton menaçant – et le doigt posĂ© sur la gĂąchette de son arme de poing – qu’elle me demande comment je connais son coĂ©quipier aussi. “Parce que je vous ai créés ?” Jamais je pourrais rĂ©pondre un truc pareil et ĂȘtre prise au sĂ©rieux ! Comme je ne dis rien, Aya s’impatiente.

— Qu’est-ce que tu sais ? Parle !

— Si je te dis la vĂ©ritĂ©, tu vas me prendre pour une folle, mais si je dis rien, tu vas croire que je suis une espionne ou que sais-je encore !

Elle plisse les yeux sans un mot. AĂŻe. Elle se sent agressĂ©e. C’est pas le but !

— J-je peux rien vous dire
 Juste
 Juste vous promettre que je ne suis pas dangereuse. MĂȘme carrĂ©ment de votre cĂŽtĂ©.

Mon regard remonte vers Peter. PitiĂ©, interviens ! Je t’ai fait plus magnanime qu’elle ! S’te plaĂźt, fais quelque chose ! Pour mon plus grand soulagement, le grand brun pose la main sur l’épaule de sa partenaire d’exploration.

— Pour moi, elle dit vrai. Elle est rĂ©glo. Elle serait armĂ©e et se serait pas cachĂ©e sinon.

Merci, Peter, merciiiiii ! La petite rĂąle. Elle sait qu’il est bon juge de la nature humaine, qu’elle peut lui faire confiance lĂ -dessus. J’ai tout fait pour.

— Tsk. Toi et ta mansuĂ©tude


Pour un peu, je leur aurais sautĂ© au cou. Pouvoir les rencontrer, malgrĂ© le contexte – et leur accueil –, me fait chaud au cƓur. Les voir, en chair et en os, prendre des dĂ©cisions qui leurs sont propres et pas dictĂ©es par mon bon vouloir
 J’en oublie presque qu’ils peuvent trĂšs bien choisir de m’abattre ici et maintenant ou de me laisser me dĂ©brouiller seule dans cette ville hostile. Presque. Et connaissant Aya “comme si je l'avais faite”, si je ne suis pas utile, ni Ă  elle ni Ă  la colonie, elle ne fera rien pour m’aider Ă  me tirer de lĂ .

— Vous ĂȘtes ici pour trouver des ressources, j’imagine. Je peux
 peut-ĂȘtre vous aider ? je propose sans grande conviction.

Car je connais aussi mes capacitĂ©s – mĂȘme si mon Ă©go atrophiĂ© ne m’aide pas Ă  savoir ce dont je suis rĂ©ellement capable en temps d’apocalypse. Et si j’ai dotĂ©e la jeune fille qui me fait face d’une grande capacitĂ© d’adaptation et d’une volontĂ© Ă  toute Ă©preuve, c’est bien parce que ce sont des qualitĂ©s que je ne possĂšde pas.

Elle passe la main dans sa frange ; je ne peux m’empĂȘcher de sourire en la voyant faire. C’est un tic que je lui ai donnĂ© qu’elle exĂ©cute quand elle rĂ©flĂ©chit intensĂ©ment.

— Qu’est-ce qui t’fais rire ?

— R-rien ! Rien.

Je l’ai peut-ĂȘtre fait un poil trop agressive, quand mĂȘme. La petite brune me fixe encore un moment, l’air mauvais, avant de finalement m’avouer qu’elle et son camarade cherchent un lieu oĂč passer la nuit, un groupe de Charognards les ayant suivis jusqu’au pied du bĂątiment ou pas loin. Je ne propose mĂȘme pas de passer par l’issue de secours. J’ai créé ces monstres ; je sais de quoi ils sont capables.

— Et en montant, on a vu un MĂ©canique sortir d’un appart’, vers le troisiĂšme Ă©tage
 ajoute Peter avec une grimace. Il pourrait avertir les Charognards s’il nous voit. Et y en a potentiellement d’autres dans l’immeuble.

— C’pour ça qu’on rentre pas ce soir
 complĂšte sa partenaire.

Les Charognards et les MĂ©caniques. Des cyborgs. Les monstres qui rĂŽdent dans ce monde “à cause de moi”. Je frissonne en imaginant ce qu’Aya pourrait me faire subir si elle apprenait que je suis responsable de sa situation actuelle et de sa condition d’Organique qui lui a valu tant de brimades. La bile me monte Ă  la bouche quand je repense au “plaisir” que j’ai Ă  Ă©crire leurs pĂ©ripĂ©ties, toutes plus difficiles les unes que les autres. Suis-je donc un monstre moi aussi ?

Elle interrompt le fil de mes pensées morbides par une nouvelle question.

— Et toi ? Qu’est-ce’ tu fous lĂ  ? Tu pillais aussi ?

Elle prend le temps de m’observer, de bas en haut. Son regard se fait Ă  nouveau perçant, suspicieux. MĂ©fiant mĂȘme.

— Nan
 T’as mĂȘme pas de sac Ă  dos
 Et t’es propre.

Elle a presque crachĂ© sa derniĂšre phrase. Il est vrai que je ne leur ai pas donnĂ© le luxe de la propretĂ©. À la colonie, l’eau ne sert qu’à boire ou Ă  arroser les plantations. Ou nettoyer une plaie, tout au plus. Je dĂ©glutis ; ma bouche est sĂšche d’anxiĂ©tĂ©.

— C’est
 compliquĂ©. On va dire que ça fait partie des questions auxquelles je ne peux pas rĂ©pondre.

La brunette fronce le nez. Ma réponse ne la satisfait évidemment pas. Je sens ses doigts se crisper sur la crosse de son pistolet.

— M-mais y a un truc que je peux vous dire ! Je suis
 une Organique.

Je retiens un “comme toi” qui me rendrait plus louche encore. Son regard change brusquement. Je me sens mal de jouer sur sa corde sensible, mais il faut bien qu’elle m’accepte un peu
 non ? C’est terrible cette sensation d’ĂȘtre une tortionnaire qui veut se faire aimer de ses victimes



Je n’en reviens toujours pas que Peter ait rĂ©ussi Ă  la convaincre de me laisser prendre un tour de garde – le premier en plus. Une pointe de fiertĂ© pousse en moi. Je suis utile ! Une petite voix au fond de moi ricane, me disant que j’aurais Ă©tĂ© plus utile en leur Ă©crivant une histoire moins dangereuse. Voire en Ă©crivant pas tout court.

Juste avant qu’elle ne s’installe complùtement pour la nuit, j’interroge l’adolescente une derniùre fois.

— Au fait Aya, comment vous avez su quelle Ă©tait la bonne porte ?

Elle me dĂ©visage un instant et se rallonge pour me rĂ©pondre sans mĂȘme me regarder.

— La poussiĂšre. Y avait d’la poussiĂšre qui volait encore sur le pas d’la porte quand on est arrivĂ©s Ă  cet Ă©tage.














Ellumyne

Hey, franchement top tes textes @Zandra, la dessinatrice nocturne . Dans le 1, j'adore la façon dont tu rentres dans l'histoire de tes personnages, mais sans ĂȘtre ni une spectatrice de loin, ni en contrĂŽlant leurs faits et gestes ou en Ă©tant sĂ»re de ce qu'ils vont faire. Ce qui donne un petit cĂŽtĂ© imprĂ©visible trĂšs plaisant Ă  lire.


Le 14/05/2021 à 21:12:00



Elinor

j'ai beaucoup apprĂ©ciĂ© ton petit texte. Plein de personnes l'ont fait, mais je trouve vraiment que les remarques sur la maniĂšre dont on a tout créé marchent trĂšs bien. Tout le cĂŽtĂ© sarcastique, ça fonctionne super. Je t'avoue que j'ai un peu moins accrochĂ© Ă  ton deuxiĂšme texte, je sais pas spĂ©cialement pourquoi, peut ĂȘtre justement parce que tu connais ton monde et du coup c'est pas vraiment toi. Quoi qu'il en soit, les deux sont trĂšs bons


Le 15/05/2021 à 14:30:00

















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