![]()
![]()
Contraintes aléatoires Contraintes à sélectionner soi-même Testeur d'auxiliaire Situations aléatoires (défi de Schrödinger) Textes sans commentaires Générateur de situation/synopsis
Défi d'Elinor (les contes de fées)
Ar_Sparfell
Spectacles
![]() ![]() Une vilaine petite pilote(par Ar_Sparfell)Combien Ă©taient-elles ? Dix ? Vingt ? Elles n’avaient sans doute jamais Ă©tĂ© plus de vingt. Mais dans ses cauchemars, elles se multipliaient. Couvrant l’horizon Ă perte de vue. Leurs taille filiformes, leurs longues jambes parfaites, leurs longs cheveux blonds et soignĂ©s, leurs visages parfaitement maquillĂ©s. Et surtout, leurs regards. Lena tremblait devant ce regard. Elles la jugeaient. Elles se moquaient d’elle. — Tu es bizarre, minus, raillèrent une centaine de bouches aux lèvres d’une roseur parfaite. Tu es moche. Tu es pas bien foutue. T’es pas normale ! Elles Ă©taient lĂ , toutes identiques. Riant Ă gorge dĂ©ployĂ©e, dĂ©voilant leur magnifiques dents blanches. Lena se recroquevilla, la tĂŞte entre les genoux. Elle tentait de fuir ces regards tyranniques, ces expressions moqueuses. Mais personne ne peut fuir ses cauchemars.
— Non ! Son propre hurlement la rĂ©veilla. Elle se redressa brutalement dans le lit, haletante et trempĂ©e de sueur. Son cĹ“ur battait si fort qu’il lui faisait mal. — Ce n’est qu’un rĂŞve ma grande, murmura-t-elle pour elle-mĂŞme. Elles ne sont pas lĂ ...elles ne sont plus lĂ .
Elle ne retrouvera pas le sommeil cette nuit. Elle le savait. Sur la table de nuit, son rĂ©veil annonçait craneusement qu’il n’était que 4h. — Cinq heures de sommeil ? Je progresse dis donc...ironisa-t-elle avec cynisme. Elle jeta le drap au loin et se dirigea Ă pas lents vers la salle de bain. Son miroir lui reflĂ©tait ce qu’elle avait toujours vu. Une jeune fille, pas bien grande, la peau ambrĂ©e, les cheveux de jais. — T’as pas des kilos en trop ? lui susurra son reflet. — Rho commence pas toi ! — Si si, regarde au niveau des cuisses ! Quand les autres se mettent en short, elles ont pas des gros bourrelets comme toi. Lena choisit de ne pas l’écouter. Elle n’avait pas de kilo en trop. Tous ses proches le lui disaient. Mais son inconscient ne voulait pas le prendre en compte. — Mais tu pourras pas nier que tu as des grosses joues ! ExcĂ©dĂ©e, Lena attrapa une serviette et la jeta sur le miroir. Faisant instantanĂ©ment taire le reflet. — C’est clairement pas le moment pour les remontrances ! L’eau chaude mise au maximum, Lena se glissa sous le pommeau de douche. La chaleur lui ferait du bien et la dĂ©tendrait. L’eau se mit Ă glisser avec dĂ©lice sur son corps, le long de ses larges cuisses, autour de ses pieds trop grands. Les yeux fermĂ©s, Lena laissait son esprit vagabonder.
Elle n’était plus cette petite pilote pas jolie, elle n’était plus cette jeune femme seule au milieu de l’appartement plongé dans le noir. Elle était ailleurs, elle était quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’avait pas peur de parler aux gens, quelqu’un qui n’avait pas peur d’être différente, d’être rejetée. Quelqu’un de grande, gracieuse, blonde et au visage parfait.
Son illusion lui fut brutalement arrachĂ©e quand elle ouvrit les yeux. Elle sentit venir la crise avant qu’elle ne frappe. Sa poitrine se souleva plus vite, son ventre se noua. — Non pas cette fois ! Tu es une grande fille, tu es plus forte que ça ! scandait-elle dans l’espoir de surmonter l’épreuve. Mais elle ne savait que trop bien ce qui allait se passer.
Son cĹ“ur explosa avec violence. Le sentiment la frappa si fort qu’elle crut vraiment qu'elle allait tomber. Comme si elle avait Ă©tĂ© frappĂ©e de part en part par des vagues de douleurs d’une intensitĂ© folle, elle avait physiquement mal. Ses mains se mirent Ă trembler, ses jambes ne la soutenaient plus. Son corps glissa le long des carreaux de la douche et elle se recroquevilla au sol, sous le jet d’eau brĂ»lant. — Tu es seule ! — Non, tenta-elle de se dĂ©fendre. Mais sa voix, dĂ©jĂ entrecoupĂ©e de sanglots, n’était pas plus convaincante que convaincue. — Tu es seule parce que les gens ne t’aiment pas ! Tu es seule parce que tu es pas foutue d’être normale. La tĂŞte entre les mains, le visage ravagĂ©s de larmes, Lena voulait que tout s’arrĂŞte. — Ils te trouvent bizarre, ils te trouvent moche. Et regarde, tu sur-rĂ©agis Ă tout. Tu n’es pas fichu d’avoir une relation correcte avec un garçon. Tu n’es pas fichue d’avoir de vrais amis. MĂŞme pour ton “meilleur pote” tu n’es juste qu’une propriĂ©taire de plus. Regarde ta vie, elle ne ressemble Ă rien. Regarde toi, TU ne ressembles Ă rien. Tu n'es pas normale ! — Tais-toi, balbutia-t-elle sans grande conviction. — Tu es pas normale...pas normale...pas normale… Ces mots rĂ©sonnaient en boucle dans sa tĂŞte. Comme un disque rayĂ© entĂŞtant. Comme un trait de marqueur qui ne veut pas partir.
Après tout, peut-être n’était-elle pas normale. Les gens normaux ne devaient sûrement pas se briser ainsi sous la douche. Les gens normaux étaient beaux. Les gens normaux ne doutaient pas d’eux-même à chaque instant. Les gens normaux n’étaient pas aussi seuls.
|