L'Académie de Lu





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(par Lu' Directrice et Eskiss)
(Thème : DĂ©fi d'Elinor)



Mon corps est pressé contre une foule compacte. Je déteste la foule, je n’arrive plus à respirer. Partout, des visages en colère. Ils hurlent, ils invectivent, et je sens que leur haine est dirigée contre moi. Je ne comprends pas, je me tourne et me retourne, cherchant l’origine de leur humeur. Si certains me regardent avec hargne, d’autres ont le regard braqué sur un homme à côté de moi.

Je me tourne vers lui, détaille ses traits. Il est âgé, ses cheveux gris partent dans tous les sens autour de son visage. Il a l’air aussi perdu que moi. Nos regards se croisent.


Qu’est-ce que je fous lĂ  ? Dans son regard, je lis la mĂŞme question. Jolie brune aux yeux noisette, elle semble aussi mal Ă  l’aise que moi au milieu de la foule vĂ©hĂ©mente. Et ces regards, tournĂ©s vers nous, une foule de visages rougeauds, l’odeur qui m'agresse, le bruit des sabots qui claquent sur le pavĂ©. Une envie de disparaĂ®tre me prend soudain, je donnerai tout pour des ailes, lĂ , maintenant. Ou ma chambre, retrouver le confort de mon lit et de ma bibliothèque… Je ferme les yeux, priant pour que lorsque je les rouvrirais, le dĂ©cor ait changĂ©. Peine perdue. Heureusement, l’attention des badauds est vite attirĂ©e par un jeune homme bien mis qui commence une longue harangue.


Il tourne la tête vers un autre villageois et je suis son regard. Les cheveux noirs, l’air conquérant, il monte sur une caisse et s’adresse à la foule.

— Cet homme est fou, mes amis ! Ils nous annoncent qu’un monstre vit dans le château, et que nous devrions l’accepter, le laisser vivre ! Ah ! S’il y a vraiment un monstre, que devons-nous faire ?

— Le tuer ! hurlent quelques personnes.

Un frisson glacé remonte le long de mon échine. L’homme esquisse un sourire et se tourne alors vers mon compagnon d’infortune.

— Enfermez-le !


Mon premier réflexe est la fuite, mais je n’ai pas le temps de faire trois pas que déjà des bras puissants me ceinturent. On m’emmène à travers la foule, j’ai beau hurler que je ne suis pas celui qu’ils veulent, que je ne sais pas ce que je fais ici ni même ce qui se passe, ils font la sourde oreille. Coupable on m’a désigné, coupable je suis.

La jeune fille tente de me suivre, j’entends quelques bribes de mots, on dirait qu’elle essaie de parlementer avec ceux qui me tiennent. Sans succès. Trop butés, ils l’ignorent, l’un d’eux allant jusqu’à la repousser violemment en arrière.

Je renonce Ă  me dĂ©battre, je les laisse m’emporter. OĂą ? Aucune idĂ©e, peu importe, tant qu’ils s’arrĂŞtent, que tout s’arrĂŞte.


Je tombe sur les pavĂ©s dans un petit cri. Impuissante, je ne peux que les regarder emmener le vieil homme avec eux, le fou comme ils l’appellent. Je lis dans son regard une supplication muette. Il ne devrait pas ĂŞtre ici lui non plus, je le ressens au plus profond de moi. Mais alors, que faisons-nous lĂ  ? Qu’est-ce que l’autre homme a dit ? Qu’un monstre vivait dans un château proche d’ici ? Un monstre qu’ils comptent tuer ?

J’entends le métal claquer. Je me relève et cours vers l’origine du bruit. Mon compagnon vient d’être enfermé dans une cellule aménagée dans une roulotte. Il n’y a plus de doute possible, je sais où nous sommes.

— Lâchez-le !

De mes petits bras maigres, je secoue les barreaux, plongeant mon regard dans celui du vieil homme qui n’en est probablement pas un.


En la voyant s’acharner sur ma prison, j’ai un petit rire nerveux; je m'imaginais un grand chevalier costaud pour me sauver plutĂ´t qu’une petite maigrichonne. Je secoue tristement la tĂŞte, me penche vers elle et articule du mieux que je peux :

— Il faut que tu partes d’ici !

Ma voix chevrotante me fait sursauter, mais je dĂ©cide de ne pas m’attarder dessus et reprends :

— Ils sont excitĂ©s, ne leur donne pas une raison de t’enfermer toi aussi, ils finiront bien par se rendre compte que je ne suis pas la personne qu’ils croient ! Ou alors... je vais enfin me rĂ©veiller !

Elle ne cesse pas pour autant de secouer le loquet, profitant de la distraction des villageois, partis chercher qui une fourche, qui un râteau, n’ayant manifestement plus que leur désir meurtrier en tête.

Et soudain, dans un déclic, la pêne cède et la porte s’ouvre.


Ses mots tournent en boucle dans ma tĂŞte tandis que je triture le loquet. Se rĂ©veiller ? Oui, c’est peut-ĂŞtre un rĂŞve. Mais pour en sortir, doit-on aller jusqu’à la fin du conte ?

Lorsqu’enfin je parviens à mes fins, je pousse une exclamation de joie. La porte s’ouvre dans un grincement, faisant se retourner quelques villageois. Je n’attends pas qu’ils se rendent compte de ce que nous sommes en train de faire et saisis la main du vieil homme.

— Viens !

Je tire sur son bras et le sens me suivre péniblement. Des exclamations commencent à retentir dans la foule qui s’apprêtait à s’éloigner. Je souffle, fatiguée par l’effort que je fournis pour l’entraîner avec moi. Si on est assez rapides, on peut encore arriver au château sans passer par la case prison.


Je peine à la suivre, le souffle court, je suis plié en deux malgré les cris de colère de la foule à nos trousses qui m’aiguillonnent. Je lui ai totalement abandonné ma main qu’elle serre dans la sienne, fine et douce. Je me flagelle mentalement d’y penser à un moment aussi crucial, je dois rester concentré. Le sang bat à mes tempes, ma vision se trouble et les vociférations des villageois se rapprochent.

Elle accélère encore le pas, tourne vers moi ses grands yeux noisette et me crie qu’on y est presque, que le château n’est pas loin, qu’il devrait suffire de finir le conte pour que tout s’arrête.

Et je comprends, je comprends où on est, ce qui se passe. Enfin. Ce conte que j’avais aimé mais dont je ne me souvenais que de quelques bribes. Si c’est le cas, alors…

Mais je n’ai pas le temps d’y rĂ©flĂ©chir plus longtemps, je trĂ©buche, la lâche et m’étale de tout mon long. Des mains rugueuses se saisissent Ă  nouveau de moi. Elle hĂ©site Ă  venir m’aider, mais je la supplie des yeux de partir et parvient Ă  lui crier :

— Sauve-la… sauve-nous !


Mon cĹ“ur se serre Ă  ses mots. Je le vois ĂŞtre entraĂ®nĂ© loin de moi, tandis que d’autres villageois se tournent dans ma direction. Je dois fuir, rejoindre le château, monter tout en haut de la tour pour la retrouver. Est-ce que ça va suffire ? Je ne suis pas celle que je suis censĂ©e ĂŞtre, je ne ressens aucun amour, le charme pourra-t-il ĂŞtre rompu ?

Je ne me pose pas plus de questions et détale, laissant mon compagnon aux prises avec ses geôliers. J’aperçois au loin la forme sombre qui surplombe la vallée. Je sais exactement ce que je dois faire.

Mes pieds foulent le sol à une vitesse prodigieuse, poussés par mon envie de partir d’ici. J’espère vraiment ne pas m’être trompée…


Ils me poussent avec brutalité dans la direction de la roulotte, posée au beau milieu du chemin, calée par une grosse pierre. Ils y ont rajouté un énorme cadenas en fer, impossible de m’en sortir en secouant la porte cette fois-ci. Ils m’y jettent sans ménagement, je me cogne le front contre un barreau et me recroqueville dans un coin.

Je prie de toutes mes forces pour qu’elle y arrive, elle doit le faire, pour nous deux. Il le faut. Après tout, les contes finissent toujours bien pour les hĂ©ros, non ?


Je sens l’adrénaline courir dans mes veines, je ne quitte pas le château des yeux, toute entière concentrée sur mon but.


Un villageois goguenard s’approche et donne négligemment un coup de pied dans mes barreaux.


La végétation me fouette le visage, le vent me fait pleurer, mais je tiens bon, parcourant la distance qui me sépare de la fin.


— Alors le vieux, tu croyais vraiment pouvoir t’échapper ?


Mes muscles me font mal, ce corps n’a pas l’habitude de tant d’effort, mais je vois une éclaircie entre les arbres, j’y suis presque.


Avec horreur, je sens mon véhicule s’ébranler et doucement suivre le cours de la pente du chemin.


Enfin, une trouée. Je souris.


La panique me submerge tandis que la roulotte accélère.


Mes pieds rencontrent le vide.


Un dernier cahot et je sens mon estomac remonter dans ma gorge.


J’ai à peine le temps d’apercevoir la vallée en contrebas que mon cœur se soulève.


Elle hurle.


Il hurle.


Je sens mon corps basculer dans le vide et nous disparaissons dans les ténèbres.














Louloutre

(sinon,@Lu', Directrice de l'Académie et @Eskiss, belle coordination ! dommage pour le bad ending mais regarde où tu mets les pieds, bon dieu !!!!)


Le 17/04/2021 à 17:02:00



JilanoAlhuin

C'est vrai que la coop était sympa tout comme le principe du changement de point de vue, très bien réussi !


Le 17/04/2021 à 17:03:00



Elinor

sympa votre collaboration ! Ca rend vachement bien, c'est simple mais bien construit. Une fille, un père, réunis une dernière fois, le temps de quelques minutes mais unis dans la mort. Chapeau bas tous les deux !


Le 17/04/2021 à 21:14:00



Vic

j'ai adoré la fin par contre j'ai toujours pas compris quel conte c'était. Je vais finir par croire que je n'ai aucune culture


Le 18/04/2021 à 03:07:00



Schrödinger

Collab @Eskiss / @Lu', Directrice de l'Académie bon bah RIP la belle, son père et la Bête X)


Le 18/04/2021 à 16:57:00

















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