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Défi d'Elinor (les contes de fées)
Schrödinger
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![]() ![]() – Attends, tu peux rĂ©pĂ©ter? Sur le pas de la porte de la grange, l'enfant recula d'un pas, tĂŞte baissĂ©e, les mains serrĂ©es contre sa poitrine. Face Ă lui, la jeune femme se laissa aller contre une botte de foin, tranquillement installĂ©e sur son lit de paille amĂ©nagĂ© au fil de ses visites. Sans s'Ă©mouvoir du corps tremblant de son interlocuteur, elle continua sur sa lancĂ©e: — Écoute gamin, ici pour moi c'est juste un point de chute quand je suis dans le coin. Mais c'est tout! Je suis pas un greffier, ton vieux Ă pas Ă me donner! Elle changea de position pour prendre une posture plus confortable, croisant les jambes et s'accoudant Ă un ballot. Le regard de l'enfant suivit le mouvement de ses Ă©lĂ©gantes bottines, tout plutĂ´t que croiser son regard. — Mais bon, ce vieux rapiat a quand mĂŞme dĂ» te laisser autre chose, non? Ok, il est pas toujours très fut'-fut', mais pas au point de nĂ©gliger ton hĂ©ritage, si? L'enfant se recroquevilla un peu plus, au bord des larmes. Non, son père ne lui avait rien laissĂ© d'autre. Ses frères aĂ®nĂ©s avaient eu de quoi survivre, mais lui allait finir Ă la rue, condamnĂ© Ă mendier ou voler son repas. Son dernier espoir, cette inconnue que son paternel laissait occuper les lieux, et qui aurait pu l'aider jusqu'Ă ce qu'il puisse se dĂ©brouiller seul, venait de partir en fumĂ©e. Il ouvrait la bouche pour quĂ©mander de l'aide, prĂŞt Ă la supplier s'il le fallait, quand le plus âgĂ© de ses frères surgit dans la grange, une fourche Ă la main. DĂ©daignant son cadet, il pointa son arme sur la jeune femme, qui fronça les sourcils, agacĂ©e par la deuxième intrusion en quelques minutes. L'homme lui rendit un regard fĂ©roce, puis son regard tomba enfin sur son frère et ses lèvres se retroussèrent en une moue mĂ©prisante. — Tiens tiens tiens, parfait! Le chouineur et la squatteuse, rĂ©unis au mĂŞme endroit! Alors, z'avez compris que c'Ă©tait le moment de dĂ©carrer de MON moulin? Z'avez plus qu'Ă vous barrer, maintenant! Allez, ouste! Du balai, les parasites! La jeune femme se releva, l'air contrariĂ©, en voyant l'enfant cesser de retenir ses larmes, qui dĂ©valaient dĂ©sormais ses joues. Le meunier fut prompt Ă la menacer de son arme, et elle leva les mains en signe de reddition. — D'accord, d'accord, je m'en vais! Mais tu vas pas le jeter dehors avec moi, quand mĂŞme! C'est ton frère, je te rappelle! Elle coula un regard Ă©loquent vers l'enfant, mais le jeune homme resta de marbre, fourche brandie. La jeune femme finit par pousser un lourd soupir. — Ok, j'ai compris… Bravo l'esprit de famille! Allez, viens petit. NĂ©gligeant la menace des pointes de l'outil, elle alla attraper l'enfant par le bras. Il leva ses yeux encore dĂ©bordants de larmes vers elle, et elle lui sourit en retour, ignorant royalement le meunier, qui ne les lâcha pas du regard avant qu'ils ne disparaissent au dĂ©tour de la ville menant au village voisin. Dès qu'elle sentit sa surveillance disparaĂ®tre, cependant, la jeune femme entraĂ®na son compagnon d'infortune vers la rivière qui coulait aux abords de la route. LĂ , elle le laissa se laver le visage avant de le faire assoir sur une souche et de lui faire face. — Bon, finalement ce grand imbĂ©cile m'a Ă©nervĂ©, j'ai envie de lui donner une bonne leçon! Oh, je veux pas m'en prendre Ă lui directement, ajouta-t-elle devant l'air suspicieux de son vis-Ă -vis, simplement lui montrer que mĂŞme sans un stupide moulin ou un troupeau d'ânes, mais avec un peu d'astuce, on peut gagner beaucoup plus! — Donc… Vous allez m'aider? tenta l'enfant d'une petite voix mĂ©fiante. — Yep! sourit la jeune femme. Ă€ une condition: lorsque tu seras dans ton propre palais, si jamais j'ai besoin d'une chambre, quoiqu'il arrive, tu me l'offriras. MarchĂ© conclu? L'enfant prit le temps de rĂ©flĂ©chir, pesant le pour et le contre du mieux qu'il le put, puis acquiesça. Avec un sourire, la jeune femme lui tendit la main. — Alors tope lĂ !
Les quelques annĂ©es qui suivirent furent consacrĂ©s Ă la prĂ©paration et la mise en place du plan. Le projet de l'intrigante nĂ©cessitait que l'enfant devienne un jeune homme cultivĂ© et adroit, aussi l'Ă©duqua-t-elle dans ce dessein. Elle lui apprit Ă lire, Ă Ă©crire, Ă chasser et se battre Ă l'Ă©pĂ©e, puisant dans les connaissances accumulĂ©s au cours de ses voyages. Elle prit Ă©galement l'habitude de visiter le château du Roi de ces contrĂ©es, produisant chaque semaine, sans faille, un gibier pour le repas du roi, qu'elle prĂ©senta comme une offrande faite par son maĂ®tre au souverain. Enfin, l'annĂ©e des 16 ans du fils du meunier — qui avait grandi pour devenir un beau et robuste jeune homme sous l'Ă©gide de sa protectrice — arriva, et avec elle l'occasion tant attendue. Ayant livrĂ© comme Ă son habitude un faisan bien gras aux cuisines du château du Monarque, la jeune femme ouĂŻ dire que, après trois rĂ©volutions solaires Ă compter de ce jour, le Roi et sa fille devaient voyager près de la rivière. Ainsi, le jour dit, la jeune femme poussa son protĂ©gĂ© Ă se baigner dans la rivière. SitĂ´t qu'il eut le dos tournĂ©, elle s'empara de ses vĂŞtements et les dissimula, juste alors que le carrosse royal s'aventurait aux alentours. Les appelant Ă grands cris, l'intrigante, que le Monarque ne manqua pas de reconnaĂ®tre pour les services qu'elle avait rendus, prĂ©texta qu'une bande de malandrins avaient dĂ©robĂ© les habits de son maĂ®tre le Baron de Maracas — c'est d'origine espagnole. Le Roi, outrĂ© par le malheur qui avait frappĂ© l'un de ses bienfaiteurs, ordonna Ă ses hommes de lui fourni des atours dignes de son rang, et proposa Ă©galement au jeune homme de le reconduire jusqu'Ă son domaine. SitĂ´t le jeune homme pris en charge, sa "dĂ©vouĂ©e servante" les quitta, prĂ©textant devoir veiller Ă ce que le palais du Baron soit en ordre pour accueillir le Monarque et sa fille comme il se devait. Avisant le regard enamourĂ© de l'hĂ©ritière, l'intrigante sourit par-devers elle avant de courir en avant du convoi. « Bien, elle, c’est bon, elle est ferrĂ©e! Trop facile, c’est ça de leur bourrer le crâne avec ces niaiseries de prince charmant! J’ose espĂ©rer que ce sera rĂ©ciproque ou qu’au moins, mĂŞme si elle lui plait pas, il pensera Ă la thune… » Suivant le chemin de terre, elle arriva bien vite au village, oĂą s’était rassemblĂ©e la populace, attendant ave fĂ©brilitĂ© le passage de leur souverain. S’arrĂŞtant devant la foule, elle sortit une bourse de ses bottines, et la tĂ®nt bien haut devant la foule, prenant la parole d’une voix forte: — Oyez, oyez! Voyez cette bourse pleine de pièces d’or! Chacun d’entre vous ici prĂ©sent en recevra une de ma part ! En Ă©change, je ne vous demanderai qu’une chose: lorsque le carrosse royal se prĂ©sentera ici, Il vous faudra simplement louer et acclamer le Baron de Maracas! Pas une mauvaise affaire, n’est-ce pas? L’engouement fut immĂ©diat, et la distribution de la rĂ©compense fut rapidement faite sous le sourire satisfait de la jeune femme. Après quoi, elle s’en fut Ă nouveau avant de voir arriver le coche, pour se diriger vers le manoir dominant la vallĂ©e. Avant d’entrer cependant elle rĂ©cupĂ©ra les vĂŞtements qu’elle avait dissimulĂ© lors de ses dernières visites du domaine, ajusta sa mise et reprit quelque peu son souffle. PrĂ©parant son esprit Ă la phase cruciale de son plan, la jeune femme ainsi vĂŞtue se dirigea vers la grand-salle du manoir, s’introduisant en habituĂ©e des lieux — ce qu’elle Ă©tait justement — et courut Ă petit pas vers le trĂ´ne oĂą Ă©tait avachi un ĂŞtre Ă la peau grise, très grand, très gros, et très laid. De ses meilleurs talents d’actrice, la jeune femme apostropha l’être, le tirant de sa torpeur. — Messire! Messire! Enfin je peux vous voir! Vous devez fuir, Messire! Le Chevalier Tropeur, hĂ©ros d’un royaume voisin, arrive pour vous occire ! Ă€ ces mots, l’ogre sorcier — car telle Ă©tait la nature du maĂ®tre de ces lieux — rejeta la tĂŞte en arrière en un rire Ă faire trembler les murs. Son hilaritĂ© passĂ©e, il se pencha vers la "noble dame", apparue un beau jour et pour qui il Ă©prouvait une tendre faiblesse, et entreprit d'apaiser son Ă©moi. — Allons, allons, ma mie! N'ayez crainte pour ma vie, je saurai le dĂ©truire! Qu'il vienne, et je me transformerai en lion pour le dĂ©vorer! Pour appuyer ses dires, il leva son bâton, et soudain un lion grand comme une charrette se tĂ®nt Ă sa place! Il rugit pour donner le change, puis repris son apparence première. — Et si ça ne suffit pas je le brĂ»lerai vif en tant que dragon! Ă€ nouveau, sur un geste de son sceptre et un immense saurien cracha un feu ardent vers le plafond avant de disparaĂ®tre. — Je le noierai sous forme de loutre — crĂ©ature plus dangereuse qu'il n'y paraĂ®t, croyez-moi ma mie. Je lui picorerai les yeux en tant que corbeau au bec pointu! Moi vipère, ma morsure l'empoisonnera! Sa litanie de supplice se poursuivit, et l'ogre de se transformer après chacune de ses tirades pour illustrer ses propos. Enfin, il posa une main protectrice sur l'Ă©paule de le jeune femme, un sourire plissant ses traits ingrats. — Alors, voyez, ma mie, vos craintes sont infondĂ©es… Mais la jeune femme secoua la tĂŞte devant cette bravade. — Non, Messire, je connais votre puissance, mais ce Chevalier-ci ne craint aucune de ces crĂ©atures… Les rumeurs de ses exploits sont parvenues mĂŞme jusqu'Ă mes oreilles, et on prĂ©tend que seule la plus mortelle des crĂ©atures a une chance de le tuer. Mais j'ignore si votre puissance vous permet de prendre son apparence… Le maĂ®tre des lieux fronça ses broussailleux sourcils. — Allons, ma chère, quelle est donc cette crĂ©ature, plus terrifiante encor qu'un dragon, et que vous m'imaginez incapable de devenir? — Eh bien, il s'agit de… d'un… je n'ose vous le dire… fit-elle mine d'hĂ©siter, avant d'avouer du bout des lèvres: il s'agit d'un moustique, Messire… — Vous moquez-vous de moi? gronda le gĂ©ant, incrĂ©dule. — Point du tout, Messire! Ces maudites crĂ©atures rĂ©pandent pestes et maladies dans les contrĂ©es tropicales, ceci est bien connu! Et l'armure de votre adversaire ne pourra rien contre un animal aussi petit… Une piqĂ»re, et c'en sera fini de lui! Seulement, vous qui ĂŞtes si grand, j'ignore si vous pourrez adopter la forme d'un ĂŞtre aussi minuscule… — Voyons, ma chère, ne me sous-estimez pas voulez-vous! rĂ©torqua-t-il en un bref Ă©clat de rire. Ceci n'est que trivial pour un ĂŞtre de ma puissance! Et, pour prouver ses dires, il agita une fois de plus son sceptre, et son Ă©norme masse laissa la place Ă un insecte vrombissant, qui se posa sur la paume des mains en coupe de la jeune femme, faussement Ă©merveillĂ©e. L'ogre ne sut sans doute jamais Ă quel point il avait Ă©tĂ© naĂŻf; d'un geste vif, la jeune femme claqua ses mains l'une contre l'autre, Ă©crasant la bestiole. Satisfaite, elle ne perdit pas de temps pour nettoyer ses mains des restes de l'imprudent, avant d'abandonner ses atours de jeune noble pour une mise plus sobre, correspondant Ă son rĂ´le de servante, et de prendre place Ă l'entrĂ©e du manoir dĂ©sormais dĂ©barrassĂ© de son encombrant occupant; juste Ă temps pour voir arriver au loin le carrosse royal qu'elle avait quittĂ© tantĂ´t.
La suite de l'affaire se déroula aussi bien qu'escompté: le Roi, charmé par ce jeune noble si populaire auprès de son peuple, et possédant un aussi magnifique domaine, fut prompt à lui offrir la main de sa fille, et le trône auquel ce mariage donnait accès. Le jeune homme, comblé, ne put qu'accepter, et c'est ainsi que par la ruse le fils malaimé du meunier gagna une femme, un château et un trône. Et jamais il n'oublia celle à qui il devait tout et pour qui, selon la légende, une chambre secrète sera à disposition pour les siècles à venir…
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