L'Académie de Lu





Pas encore inscrit ? /


Lien d'invitation discord : https://discord.gg/5GEqPrwCEY


Tous les thèmes
Rechercher dans le texte ou le titre
Expression exacte
Rechercher par auteur
Rechercher par type de défi
Tous les textes


PseudoMot de passe

Mot de passe perdu ?


(par Schrödinger)
(Thème : DĂ©fi d'Elinor)



– Attends, tu peux répéter?

Sur le pas de la porte de la grange, l'enfant recula d'un pas, tête baissée, les mains serrées contre sa poitrine. Face à lui, la jeune femme se laissa aller contre une botte de foin, tranquillement installée sur son lit de paille aménagé au fil de ses visites. Sans s'émouvoir du corps tremblant de son interlocuteur, elle continua sur sa lancée:

— Écoute gamin, ici pour moi c'est juste un point de chute quand je suis dans le coin. Mais c'est tout! Je suis pas un greffier, ton vieux Ă  pas Ă  me donner!

Elle changea de position pour prendre une posture plus confortable, croisant les jambes et s'accoudant à un ballot. Le regard de l'enfant suivit le mouvement de ses élégantes bottines, tout plutôt que croiser son regard.

— Mais bon, ce vieux rapiat a quand mĂŞme dĂ» te laisser autre chose, non? Ok, il est pas toujours très fut'-fut', mais pas au point de nĂ©gliger ton hĂ©ritage, si?

L'enfant se recroquevilla un peu plus, au bord des larmes. Non, son père ne lui avait rien laissé d'autre. Ses frères aînés avaient eu de quoi survivre, mais lui allait finir à la rue, condamné à mendier ou voler son repas. Son dernier espoir, cette inconnue que son paternel laissait occuper les lieux, et qui aurait pu l'aider jusqu'à ce qu'il puisse se débrouiller seul, venait de partir en fumée. Il ouvrait la bouche pour quémander de l'aide, prêt à la supplier s'il le fallait, quand le plus âgé de ses frères surgit dans la grange, une fourche à la main. Dédaignant son cadet, il pointa son arme sur la jeune femme, qui fronça les sourcils, agacée par la deuxième intrusion en quelques minutes. L'homme lui rendit un regard féroce, puis son regard tomba enfin sur son frère et ses lèvres se retroussèrent en une moue méprisante.

— Tiens tiens tiens, parfait! Le chouineur et la squatteuse, rĂ©unis au mĂŞme endroit! Alors, z'avez compris que c'Ă©tait le moment de dĂ©carrer de MON moulin? Z'avez plus qu'Ă  vous barrer, maintenant! Allez, ouste! Du balai, les parasites!

La jeune femme se releva, l'air contrarié, en voyant l'enfant cesser de retenir ses larmes, qui dévalaient désormais ses joues. Le meunier fut prompt à la menacer de son arme, et elle leva les mains en signe de reddition.

— D'accord, d'accord, je m'en vais! Mais tu vas pas le jeter dehors avec moi, quand mĂŞme! C'est ton frère, je te rappelle!

Elle coula un regard éloquent vers l'enfant, mais le jeune homme resta de marbre, fourche brandie. La jeune femme finit par pousser un lourd soupir.

— Ok, j'ai compris… Bravo l'esprit de famille! Allez, viens petit.

Négligeant la menace des pointes de l'outil, elle alla attraper l'enfant par le bras. Il leva ses yeux encore débordants de larmes vers elle, et elle lui sourit en retour, ignorant royalement le meunier, qui ne les lâcha pas du regard avant qu'ils ne disparaissent au détour de la ville menant au village voisin. Dès qu'elle sentit sa surveillance disparaître, cependant, la jeune femme entraîna son compagnon d'infortune vers la rivière qui coulait aux abords de la route. Là, elle le laissa se laver le visage avant de le faire assoir sur une souche et de lui faire face.

— Bon, finalement ce grand imbĂ©cile m'a Ă©nervĂ©, j'ai envie de lui donner une bonne leçon! Oh, je veux pas m'en prendre Ă  lui directement, ajouta-t-elle devant l'air suspicieux de son vis-Ă -vis, simplement lui montrer que mĂŞme sans un stupide moulin ou un troupeau d'ânes, mais avec un peu d'astuce, on peut gagner beaucoup plus!

— Donc… Vous allez m'aider? tenta l'enfant d'une petite voix mĂ©fiante.

— Yep! sourit la jeune femme. Ă€ une condition: lorsque tu seras dans ton propre palais, si jamais j'ai besoin d'une chambre, quoiqu'il arrive, tu me l'offriras. MarchĂ© conclu?

L'enfant prit le temps de réfléchir, pesant le pour et le contre du mieux qu'il le put, puis acquiesça. Avec un sourire, la jeune femme lui tendit la main.

— Alors tope lĂ !





Les quelques années qui suivirent furent consacrés à la préparation et la mise en place du plan. Le projet de l'intrigante nécessitait que l'enfant devienne un jeune homme cultivé et adroit, aussi l'éduqua-t-elle dans ce dessein. Elle lui apprit à lire, à écrire, à chasser et se battre à l'épée, puisant dans les connaissances accumulés au cours de ses voyages. Elle prit également l'habitude de visiter le château du Roi de ces contrées, produisant chaque semaine, sans faille, un gibier pour le repas du roi, qu'elle présenta comme une offrande faite par son maître au souverain. Enfin, l'année des 16 ans du fils du meunier — qui avait grandi pour devenir un beau et robuste jeune homme sous l'égide de sa protectrice — arriva, et avec elle l'occasion tant attendue.

Ayant livré comme à son habitude un faisan bien gras aux cuisines du château du Monarque, la jeune femme ouï dire que, après trois révolutions solaires à compter de ce jour, le Roi et sa fille devaient voyager près de la rivière. Ainsi, le jour dit, la jeune femme poussa son protégé à se baigner dans la rivière. Sitôt qu'il eut le dos tourné, elle s'empara de ses vêtements et les dissimula, juste alors que le carrosse royal s'aventurait aux alentours. Les appelant à grands cris, l'intrigante, que le Monarque ne manqua pas de reconnaître pour les services qu'elle avait rendus, prétexta qu'une bande de malandrins avaient dérobé les habits de son maître le Baron de Maracas — c'est d'origine espagnole.

Le Roi, outré par le malheur qui avait frappé l'un de ses bienfaiteurs, ordonna à ses hommes de lui fourni des atours dignes de son rang, et proposa également au jeune homme de le reconduire jusqu'à son domaine. Sitôt le jeune homme pris en charge, sa "dévouée servante" les quitta, prétextant devoir veiller à ce que le palais du Baron soit en ordre pour accueillir le Monarque et sa fille comme il se devait. Avisant le regard enamouré de l'héritière, l'intrigante sourit par-devers elle avant de courir en avant du convoi.

« Bien, elle, c’est bon, elle est ferrée! Trop facile, c’est ça de leur bourrer le crâne avec ces niaiseries de prince charmant! J’ose espérer que ce sera réciproque ou qu’au moins, même si elle lui plait pas, il pensera à la thune… »

Suivant le chemin de terre, elle arriva bien vite au village, où s’était rassemblée la populace, attendant ave fébrilité le passage de leur souverain. S’arrêtant devant la foule, elle sortit une bourse de ses bottines, et la tînt bien haut devant la foule, prenant la parole d’une voix forte:

— Oyez, oyez! Voyez cette bourse pleine de pièces d’or! Chacun d’entre vous ici prĂ©sent en recevra une de ma part ! En Ă©change, je ne vous demanderai qu’une chose: lorsque le carrosse royal se prĂ©sentera ici, Il vous faudra simplement louer et acclamer le Baron de Maracas! Pas une mauvaise affaire, n’est-ce pas?

L’engouement fut immédiat, et la distribution de la récompense fut rapidement faite sous le sourire satisfait de la jeune femme. Après quoi, elle s’en fut à nouveau avant de voir arriver le coche, pour se diriger vers le manoir dominant la vallée. Avant d’entrer cependant elle récupéra les vêtements qu’elle avait dissimulé lors de ses dernières visites du domaine, ajusta sa mise et reprit quelque peu son souffle. Préparant son esprit à la phase cruciale de son plan, la jeune femme ainsi vêtue se dirigea vers la grand-salle du manoir, s’introduisant en habituée des lieux — ce qu’elle était justement — et courut à petit pas vers le trône où était avachi un être à la peau grise, très grand, très gros, et très laid. De ses meilleurs talents d’actrice, la jeune femme apostropha l’être, le tirant de sa torpeur.

— Messire! Messire! Enfin je peux vous voir! Vous devez fuir, Messire! Le Chevalier Tropeur, hĂ©ros d’un royaume voisin, arrive pour vous occire !

À ces mots, l’ogre sorcier — car telle était la nature du maître de ces lieux — rejeta la tête en arrière en un rire à faire trembler les murs. Son hilarité passée, il se pencha vers la "noble dame", apparue un beau jour et pour qui il éprouvait une tendre faiblesse, et entreprit d'apaiser son émoi.

— Allons, allons, ma mie! N'ayez crainte pour ma vie, je saurai le dĂ©truire! Qu'il vienne, et je me transformerai en lion pour le dĂ©vorer!

Pour appuyer ses dires, il leva son bâton, et soudain un lion grand comme une charrette se tînt à sa place! Il rugit pour donner le change, puis repris son apparence première.

— Et si ça ne suffit pas je le brĂ»lerai vif en tant que dragon!

À nouveau, sur un geste de son sceptre et un immense saurien cracha un feu ardent vers le plafond avant de disparaître.

— Je le noierai sous forme de loutre — crĂ©ature plus dangereuse qu'il n'y paraĂ®t, croyez-moi ma mie. Je lui picorerai les yeux en tant que corbeau au bec pointu! Moi vipère, ma morsure l'empoisonnera!

Sa litanie de supplice se poursuivit, et l'ogre de se transformer après chacune de ses tirades pour illustrer ses propos. Enfin, il posa une main protectrice sur l'épaule de le jeune femme, un sourire plissant ses traits ingrats.

— Alors, voyez, ma mie, vos craintes sont infondĂ©es…

Mais la jeune femme secoua la tĂŞte devant cette bravade.

— Non, Messire, je connais votre puissance, mais ce Chevalier-ci ne craint aucune de ces crĂ©atures… Les rumeurs de ses exploits sont parvenues mĂŞme jusqu'Ă  mes oreilles, et on prĂ©tend que seule la plus mortelle des crĂ©atures a une chance de le tuer. Mais j'ignore si votre puissance vous permet de prendre son apparence…

Le maître des lieux fronça ses broussailleux sourcils.

— Allons, ma chère, quelle est donc cette crĂ©ature, plus terrifiante encor qu'un dragon, et que vous m'imaginez incapable de devenir?

— Eh bien, il s'agit de… d'un… je n'ose vous le dire… fit-elle mine d'hĂ©siter, avant d'avouer du bout des lèvres: il s'agit d'un moustique, Messire…

— Vous moquez-vous de moi? gronda le gĂ©ant, incrĂ©dule.

— Point du tout, Messire! Ces maudites crĂ©atures rĂ©pandent pestes et maladies dans les contrĂ©es tropicales, ceci est bien connu! Et l'armure de votre adversaire ne pourra rien contre un animal aussi petit… Une piqĂ»re, et c'en sera fini de lui! Seulement, vous qui ĂŞtes si grand, j'ignore si vous pourrez adopter la forme d'un ĂŞtre aussi minuscule…

— Voyons, ma chère, ne me sous-estimez pas voulez-vous! rĂ©torqua-t-il en un bref Ă©clat de rire. Ceci n'est que trivial pour un ĂŞtre de ma puissance!

Et, pour prouver ses dires, il agita une fois de plus son sceptre, et son énorme masse laissa la place à un insecte vrombissant, qui se posa sur la paume des mains en coupe de la jeune femme, faussement émerveillée. L'ogre ne sut sans doute jamais à quel point il avait été naïf; d'un geste vif, la jeune femme claqua ses mains l'une contre l'autre, écrasant la bestiole. Satisfaite, elle ne perdit pas de temps pour nettoyer ses mains des restes de l'imprudent, avant d'abandonner ses atours de jeune noble pour une mise plus sobre, correspondant à son rôle de servante, et de prendre place à l'entrée du manoir désormais débarrassé de son encombrant occupant; juste à temps pour voir arriver au loin le carrosse royal qu'elle avait quitté tantôt.





La suite de l'affaire se déroula aussi bien qu'escompté: le Roi, charmé par ce jeune noble si populaire auprès de son peuple, et possédant un aussi magnifique domaine, fut prompt à lui offrir la main de sa fille, et le trône auquel ce mariage donnait accès. Le jeune homme, comblé, ne put qu'accepter, et c'est ainsi que par la ruse le fils malaimé du meunier gagna une femme, un château et un trône. Et jamais il n'oublia celle à qui il devait tout et pour qui, selon la légende, une chambre secrète sera à disposition pour les siècles à venir…














Malkym

Sincèrement, j'aime beaucoup ^^
Remanier le compte en y incluant le lore du serveur, c'est bien joué (Je t'avoue y avoir pensé en premier, avant de choisir le conte de Rumpelstiltskin.)
On perd le chat au profit, peut-être plus réaliste, d'une jeune fille aidante (mais dont le profit semble être la claire priorité). La scène de l'Ogre est intelligemment remaniée. Le fusil de Tchekhov est tiré. Et, plus important encore, mon âme d'enfant est amusée par cette refonte de mon conte préféré.
C'est pourquoi je te remercie franchement de l'avoir choisi. :kissing_heart:
(Ce bisou est platonique.)


Le 14/04/2021 à 21:37:00



Louloutre

@Schrödinger ok, je suis une créature dangereuse, J'AI COMPRIS :joy:
(sympa le chat :wink: )


Le 14/04/2021 à 23:50:00



Elinor

texte bien sympa, même si j'ai jamais lu la VO (je connais grosso modo l'histoire mais voilà). En tout cas, bien écrit, petits caméos rigolos, et j'ai pas grand chose à dire de plus


Le 16/04/2021 à 18:22:00



Lu' Directrice

tu retranscris bien le compte original, ça m'a fait plaisir de le retrouver, même s'il y a quelques fautes :innocent:


Le 17/04/2021 à 11:26:00

















© 2021 • Conditions générales d'utilisationsMentions légalesHaut de page