![]()
![]()
Contraintes aléatoires Contraintes à sélectionner soi-même Testeur d'auxiliaire Situations aléatoires (défi de Schrödinger) Textes sans commentaires Générateur de situation/synopsis
Collaboration globale avec 20 personnages
Eskiss
Spectacles
Academy Universe - ancien lore
![]() ![]() L'envol de la plume(par Eskiss)Qu’est-ce que je fous là ? Mes paupières encore lourdes de sommeil peinent à s’ouvrir. Je distingue autour de moi de grands arbres feuillus et j’entends le pépiement d’oiseaux inconnus. Loin, très loin du décor familier de l’Académie, ma nouvelle demeure depuis bientôt trois mois. J’essaie de me remémorer tant bien que mal la soirée passée : quelques heures à écouter nos bardes faire assaut de chansons celtiques, une heure à classer des dossiers pour notre chère directrice et finalement… une nuit à la belle étoile. Je me souviens maintenant, les mille diamants étincelants dans la chevelure de Nyx m’avaient aimantés et j’avais décidé de passer la nuit dehors, à la contempler. Si seulement j’avais regardé le bulletin météo et vu qu’ils annonçaient de fortes bourrasques, j’aurais prévu de quoi me lester… quel malheur que de n’être qu’une fragile plume, balayée à la moindre saute de vent !
Je grogne, me dresse sur mon calamus et observe les environs. Du feuillage à perte de vue, pas de trace d’habitation… personne pour m’aider. Bon, première étape : prendre de la hauteur. Et pour ça, rien de mieux que recourir à mes pouvoirs. Je m’étire de toute ma longueur, fait quelques mouvements d’échauffement et commence à danser dans les airs. De voltes en arabesques, mon esquisse prend forme peu à peu, en lettres d’or, dessinant dix lettres : « Sylvebarbe ». Je me pose délicatement au sol et admire mon œuvre flotter, se contracter puis d’un coup exploser en poussière qui prend forme depuis le sol, dessinant d’abord un tronc noueux qui s’élance vers le ciel, puis une barbe chenue et des branches solides comme des bras. Les racines s’épaississent et deviennent deux jambes massives, solidement ancrées dans la terre meuble. Enfin, ma création s’ébroue et ouvre avec douceur deux immenses yeux jaunes qui me regardent avec attention du haut de ses quatre mètre cinquante.
« Allez zou, fais-moi monter, Papi ! » Dans un craquement, l’Ent se penche sur moi et me récupère au creux de son immense paume puis me pose sur son épaule, à la hauteur de son oreille parsemée de lierre. « Avance donc, jusqu’à cette colline là -bas, je pourrais peut-être retrouver un paysage familier… » Sans un mot, il s’ébranle avec lenteur. Je n’ai pas choisi le moyen de locomotion le plus rapide, j’aurais pu me contenter d’un plus simple mais, après tout… il faut savoir soigner son entrée. Me voir arriver sur l’épaule d’un arbre géant à une cérémonie, ça ça a du style ! Après quelques lentes minutes, trop lentes à mon goût, nous arrivons enfin au sommet de l’éminence verdoyante. Je pousse un soupir de soulagement. Au loin, je peux apercevoir les murs de l’Académie, entourée de champs de blés murs. Elle est tout au plus à quatre-cinq kilomètres, je devrais bien arriver à l’atteindre avant l’heure de début de la cérémonie. Je n’ose pas sinon imaginer le savon que la directrice m’infligerait, encore un coup à passer sous son bureau. Et croyez-moi que c’est pas très agréable de balayer la confiture qu’elle laisse régulièrement échapper là -dessous, surtout pour une plume.
Si l’Ent était une bonne idée pour trouver où j’étais, il est bien trop lent pour me faire arriver à temps à l’Académie. Il me faut quelque chose de plus rapide. Mais qui ait la classe. Du genre… un guépard. Je m’empresse de danser le mot dans les airs. Dans un craquement, la poussière dorée se contracte et un superbe félin au regard souligné de noir me contemple. « En avant, fier destrier ! » Il me regarde avec dédain, puis détale à toutes pattes. Maudit félin. J’aurais dû m’en douter, tous les mêmes. Essayons quelque chose de plus... docile. Un éléphant, tiens. Je m’élance à nouveau, m’applique à soigner mes déliés mais dérape malencontreusement sur la fin du mot. Dans une nouvelle explosion, un éléphanteau apparaît, me regarde avec timidité puis s’enfuit immédiatement, avant même que j’ai le temps de lui parler. « Pasembleu, mais c’est pas possible ça, il a fallu que je glisse sur le t ! Bon, après tout, un éléphant d’un mètre de haut, ça n’a jamais impressionné personne, alors c’est un mal pour un bien… »
Je me remets à la tâche mais quoique je fasse, toutes mes créations prennent le large aussi vite qu’elles apparaissent, mêmes les plus farfelues. Veaux, vaches, cochons et dragons s’éparpillent dans la plaine alors que je me mets à jurer de plus en plus fort. Je vais quand même pas me rabattre sur un vulgaire humain comme porteur que diable ! J’ai une petite pensée pour la ménagerie qui erre en liberté, que j’écarte rapidement. Mes œuvres sont éphémères, ne durent que quelques heures tout au plus, elles disparaîtront d’elle-même. Enfin... je l’espère. Et puis c’est pas comme si j’avais moyen de les récupérer maintenant…
Un bruit de pales me fait m’interrompre dans ma folie créatrice. Un hélicoptère de combat aux jolies courbes arrondies et endimanché de deux essuie-glaces bleus stationne au-dessus de ma tête. J’entends soudain un haut-parleur grésiller et je sursaute quand celui-ci s’écrie : « Mais dit moi, petite plume...WHAT DA FUCK ARE YOU DOING ? » Un hélicoptère qui parle ? Et avec une voix sexy en plus ? Mais dans quel monde je… « Et toi t’es une plume qui parle, rappelle-toi » me fait la petite voix dans ma tête.
Soit. Autant profiter de sa présence pour m’aider alors, vu qu’il a l’air de bonne volonté. Je lui explique rapidement que j’ai « égaré » l’équivalent d’un zoo qui se dirige actuellement vers l’Académie et que sa mission, s’il l’accepte, est de les récupérer. Je n’ai même pas le temps de lui préciser qu’il peut également les éparpiller à coup de missiles air-sol ou simplement les effrayer le temps qu’ils disparaissent que, dans un tonnerre de métal, il repart. Bon. Tant pis pour lui. Quant à moi…
Je vole. D’un coup. Avec dégoût, je me rends compte que je suis dans un bec. D’un pigeon. Un vrai, même pas une création. Et un pigeon qui a manifestement mangé du maroilles au petit déjeuner… « Lâche moi le piaf ! Help ! Quelqu’un ! Mayday ! » Je m’époumone, prisonnier de l’insolent volatile. Je ne peux même pas agiter mon calamus, impossible d’écrire. Le sol défile sous les ailes de mon ravisseur, je vois une jeune femme poursuivie par une troupe de soldats rose bonbon, un cheval zébré, quelques flammes sortir des dortoirs et même un rouquin apparaître dans la cour principale dans un flash lumineux. Mais pas une personne qui semble me remarquer, ni m’entendre. Je commence à perdre espoir en apercevant les élèves se diriger vers la clairière où se tient la cérémonie. Mais soudain, j’aperçois la directrice en contrebas. « Au secours ! Lu’ ! » Elle lève la tête et me regarde avec des yeux stupéfaits, les bras ballants. Je la vois esquisser un geste. Trop tard, elle n’a pas le temps de réagir. Je suis déjà loin, au-dessus de la forêt.
Réfléchis, réfléchis, réfléchis…j’ai beau me remuer les méninges, pas une seule idée qui me vienne en tête. Aucun moyen de m’en sortir. Enfin, aucun… à moins que le scénario… et à ces pensées, le ciel se met à gronder. « Bingo ! Et maintenant le deus ex machina… » Dans un immense flash lumineux, un éclair frappe le pigeon. Il rôtit instantanément, dégageant un alléchant fumet qui chatouille mes narines. Je manque de prendre feu à mon tour, mais écris avec suffisamment de vitesse pour déverser une immense masse d’eau surgie de nulle part sur moi. Pfiou. Pas passé loin.
Je m’écrase au sol sans délicatesse. Heureusement, je suis proche de la clairière où se tient la cérémonie. Mais… en me contemplant dans une flaque d’eau, je me rends compte que je suis en piteux état. Le calamus tordu, les barbes roussies et ébouriffées… on dirait une vieille plume traînant dans un caniveau. Impossible d’assister à la cérémonie comme ça.
Pas le choix. Je déteste ça mais il va falloir que je revête ma forme humaine. Et perdre l’usage de mes pouvoirs jusqu’à la prochaine pleine lune. Soit une dizaine de jours. Avec un soupir, j’esquisse une ultime danse et laisse mon corps devenir celui d’un jeune homme d’une vingtaine d’année, à la barbe fournie et aux lunettes épaisses. D’un pas vif je me dirige vers le lieu de la cérémonie, guidé par les éclats de voix des participants. Espérons que je ne sois pas trop en retard… Cette histoire fait partie d'un tout plus grand !
|