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Défi de Faucheuse (Survivre à tout prix)
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![]() ![]() Survivre par accident(par Louloutre)L’enveloppe est glissée par la porte de ma chambre d’hôtel, pile à l’horaire indiqué. J’attends d’entendre la porte claquer avant d’aller ramasser le courrier. Les instructions sont claires : la prendre, l’ouvrir, et ne surtout pas chercher à ouvrir la porte, voir ou communiquer avec le messager. Sinon, il meurt. Qui meurt ? Je ne sais pas. La personne à l’origine de tout ce foin m’a juste dévoilé que c’est une personne à qui je tiens beaucoup, et qu’il serait “dommage de perdre ses beaux yeux de tombeur”. Je ne sais pas quel garçon ou homme dans mon entourage est le plus séducteur ou a des yeux remarquables, mais il est hors de question qu’il meurt parce que je n’aurais rien fait.
C’est une grande enveloppe. La classique en kraft. Elle est lourde. Et pour cause : dedans, une liste d’horaires avec ce qui semble être des transports, des tickets et billets qui correspondent avec les chiffres de cette liste, et une carte postale. La photographie ancienne montre un château plus ancien encore. J’en ai vu, des châteaux, et celui-là ne me dit rien. Château Ventfroid, indique sobrement des lettres manuscrites sur le coin de l’image. Jolie écriture d’un autre temps. Ok ? Pourquoi pas ? Je retourne la carte, m’attendant à plus d’explications. Une écriture moins soignée que celle qui avait gracieusement nommé la construction au verso me livre un message important. “Tu viens ici.” Merci, petite note manuscrite, tu m’es d’un grand secours.
J’étudie plus attentivement le trajet organisé par mon maître chanteur. Il me fait me lever tôt. Cinq heures du matin. Et visiblement, je vais voyager toute la journée : arrivée prévue vers vingt-deux heures. Je n’aime pas ça du tout. Je vais être épuisée, donc vulnérable. Encore plus que d’habitude, puisque je ne sais pas me battre…
La journée de voyage se déroule sans encombre, sinon un bus avec cinq minutes de retard, et un train qui a été ralenti un moment à cause d’un problème de rails. Je ne sais pas trop combien de kilomètres je parcours. J’ai un très mauvais sens des distances, surtout dans les transports. Par contre, j’ai une très bonne vue, et les paysages étaient vraiment beaux. Une pluie de plus en plus forte venait encore revêtir la nature de son plus beau vert, me laissant aller à la rêverie tandis que je me demandais comment se passerait ma soirée avec la peur au ventre. Ventre qui se tordait de stress depuis bien avant mon réveil.
Arrivée vers 20 heures à la dernière gare. Plus de billet après. Là bas, une personne me repère rapidement et se dirige vers moi, m’interpelant et s’adressant directement à moi avec mes prénom et nom avant que je ne me sois présentée. Elle me dit de la suivre, qu’elle m’emmènera à destination. Je la suis. Après tout, qui n’obéirait pas à un homme taillé comme une armoire à glace tout de noir vêtu ? Le trajet dans la voiture est à la fois extrêmement calme et extrêmement tendu. L’odeur de cigarette mêlée à celle du cuir des sièges me dégoûte. Les virages me donnent la nausée ; c’est l’estomac vide, ça. La pluie bat le pare-brise comme si elle lui en voulait personnellement ; le bruit pourrait finir par me donner mal au crâne. Mon chauffeur ne parle pas, concentré qu’il est sur la route. Je l’observe, surprenant parfois son regard dans le rétroviseur. Il a l’air tendu, lui aussi. Le bruit de l’orage gronde au lointain. À chaque craquement de tonnerre, je remarque ses mains se crisper sur le volant. Le château est en haut de la montagne, au bout de la route sinueuse. On y est presque. Puis un grand éclat. Un éclair est tombé pas loin, la lumière nous aveugle et le bruit nous assourdi ; le véhicule glisse, dérape, se tape avec fracas dans un arbre qui bordait la route.
Quand j’ai fini d’être sonné, je sens une odeur que je connais. Du sang. Je sens qu’il coule depuis mon nez. Je me suis cognée sur le siège avant, ça me paraît être une conséquence logique. L’homme a eu moins de chance : il a traversé le pare brise. Je mets du temps à réaliser l’horreur de la situation, mais il est bien mort. Je sors maladroitement de la voiture. Je tremble, pleure et ris nerveusement. Je dois avoir l’air un peu tarée. Je prends un peu appui sur la voiture. J’entends un nouveau craquement. Ce n’est pas le tonnerre. J’ai à peine le temps de m’écarter que l’arbre dans lequel la voiture s’est plantée s’écrase sur elle. “Oh putain…”
Je continue la route à pieds, sous la pluie. J’avance assez bravement, compte tenu du froid, de l’obscurité, de la météo et de mes deux expériences de morts imminentes en l’espace de quelques minutes. Le moment passe en boucle dans ma tête. Un type est mort, si près de moi, en si peu de temps. Je ne sais plus si ce sont des larmes ou des gouttes de pluie qui coulent de mes yeux. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir. Entre les arbres, j’entends un énième bruit inquiétant. Un grognement. Plusieurs grognements. Une meute de grognement. Merde ! Mais depuis quand il y a des loups ici !? Je n’ai pas le temps de me mettre au dressage : les sept bêtes commencent à m’encercler et trois d’entre elles m’ont déjà bloqué la route en amont. Je sais qu’il ne faut pas courir ou tourner le dos à des loups pour éviter de réveiller leur instinct de chasse, mais là , tout indique que leur instinct de chasse est sous perfusion de caféine. Une seule solution : la pente raide qui descend à ma gauche. J’espère qu’ils ne m’y suivront pas.
Je m’y précipite, me préparant à glisser sur le sol et à essayer de vite attraper un arbre pour amortir ma descente. Je sens mon manteau me tirer et s’arracher. Pas besoin de me retourner pour deviner la cause. Bonne nouvelle : la pente est tellement penchée que les loups ne me suivent pas. Mauvaise nouvelle : la pente est tellement penchée que je vais sans doute me casser quelque chose en percutant l’arbre le plus proche qui se rapproche dangereusement. J’ai extrêmement mal aux poignets, aux bras, et aux côtes, et je dévale ce qu’il reste de descente en roulant. Et je réalise que j’ai à peine gagné de temps puisque que des hurlements se déplacent. En me relevant, je remarque qu’avec un peu plus d’élan, j’aurais pu m’empaler sur une branche cassée. Je vais finir par croire que je suis suivie par un mec en capuche armé d’outils jardiniers à ce rythme… Des bruits de course. Je vais finir dévorée sur le bitume d’une route isolée. J’aurais au moins voulu savoir qui je devais sauver.
Un coup de feu. Un deuxième. Un troisième. Des cris de terreur et de douleur qui me déchirent le cœur. Quoi ? Les animaux encore vivants repartent la queue entre les jambes et disparaissent entre les arbres. À quelques mètres derrière moi, un chasseur pointe son fusil sur moi. Quoi !? Clic. Plus de balle on dirait. Enfin, je ne sais pas, je ne suis pas experte en armes à feu. Je sais juste que je suis encore en vie, et face à un psychopathe qui ne se décourage pas. Puisque son fusil ne marche pas, il n’a qu’à … sortir son couteau, mais quelle bonne idée. Je me saisi de la branche cassée et la brandit comme une lance, ce qui le fait rire. J’avoue, moi non plus je ne suis pas convaincue par l’efficacité de mon arme face à la sienne. C’est pourquoi je la plante violemment dans sa jambe.
Il hurle, mais l’adrénaline - et les autres hormones qui me permettent de tenir malgré ma fatigue - me somme de ne surtout pas m’apitoyer sur son sort. Il devait le mériter. Je l’assomme avec le premier caillou qui passe et récupère son couteau. Au moins je serai armée. Je laisse la branche plantée dans sa chair. Ce n’est pas hygiénique, mais mes vagues souvenirs sur les blessures me disent que ce serait pire de l’enlever : ça provoquerait des hémorragies, ou un truc du genre. Je suis trop sonnée et troublée pour y réfléchir. J’ai le hoquet. Je tue peut-être quelqu’un. Je rigole de terreur. Je finis par arriver en haut de la montagne, face au château Ventfroid. Il est aussi impressionnant en vrai que sur sa photo, mais les derniers évènements de la journée ont quelque peu atténué ma capacité à m’extasier. Un homme m’attend à la grille. Il me dit qu’il s’attendait à me voir arriver plus tôt. Je ne sais pas de quoi je me retiens le plus : lui rire au nez ou lui coller mon poing dans la figure - voire le couteau du chasseur dans le cœur. Je lui explique comme je peux ce que j’ai compris ; en omettant mon potentiel homicide. Si je n’avais pas été complètement épuisée, j’aurais sans douté été outrée qu’ils ne se soient pas plus inquiété que ça pour leur employé, ou aie été un peu plus choqué par sa mort.
En entrant, on me propose directement à manger. Je ne dis pas non. On m’amène à une salle à manger où un couvert semble m’attendre. Un homme est déjà attablé et m’invite à m’assoir. On m’amène une assiette : omelette fumante sur des spaghettis. Un plat simple qui ferait le bonheur de mes papilles sans le goût prononcé de méfiance. Mon hôte m’apprend qu’il est celui à l’origine de ma venue ici. Je l’écoute calmement, il ne s’agirait pas de tout faire tomber maintenant. Apparemment il s’ennuyait et cherchait quelqu’un avec qui jouer, et c’est tombé sur moi. Du coup, pour faire venir son partenaire de jeu, quoi de plus naturel que de le prendre par les sentiments pour l’attirer. Connard ou psychopathe ? “Vous ne m’en voulez pas trop, j’espère ?” demande-t-il en nous servant un verre de vin. J’aimerais lui jeter à la figure, mais je tiens à éclaircir un dernier point avant de me décider à le faire. “Et… mon ami ? Vous le libérez, maintenant que je suis là ? — Bien sûr !” Et nous trinquons. Ce n’est pas un mauvais vin, il a un goût très fruité qui se marie bien avec le repas. Bon choix. “Et qui est c…” Les mots se perdent dans ma bouche, couverts par une quinte de toux qui ne semble pas étonner mon interlocuteur. Il cherche quelque chose sur son téléphone. Quand il a trouvé ce qu’il cherche, il me le tend, dévoilant une photo de… Non… c’est pour lui que je me suis démenée ?! “Votre ami, au fait, c’était lui. Maintenant, détendez-vous, je vais chercher l’antidote au poison que vous avez bu.” Je n’en peux plus, je sens que j’étouffe. Aussi bien littéralement que physiquement. Je sors l’arme que j’avais cachée dans ma veste et me lance sur l’enfoiré. Il m’esquive facilement, et je manque de m’empaler sur mon couteau en tombant. Bordel, me voilà à sa merci. Tout ça à cause de mon frère.
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