L'Académie de Lu





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La Volte-Face du Cocker

(par Malkym)
(Thème : La boucle)



Ce thé est parfaitement infect.


[…>, s’exclama Shelly en buvant le contenu du gobelet de carton.

— DĂ©solĂ©, mais tu devras t’en contenter. J’ai eu beau chercher dans tout le tribunal, pas la moindre trace d’un autre distributeur. Ă€ part ceux vendant ces cafĂ©s, là… 17 Fragrances of Godot, absolument hors de prix.

— Et aux goĂ»ts très particuliers !

— Peut-ĂŞtre, mais je ne compte pas hypothĂ©quer pour te payer un cafĂ©, rĂ©torquai-je sèchement.

— Le thĂ© Ă©tait meilleur chez la Loutre, en tout cas…

— Si on n’avait pas eu la mauvaise idĂ©e d’y entrer, on en serait pas lĂ , aujourd’hui. Alors, c’était peut-ĂŞtre bon, mais tu ferais mieux de rĂ©flĂ©chir Ă  ce que tu vas pouvoir dire pour te dĂ©fendre, au lieu de blablater sur ton fichu thĂ© ! »

Elle baissa la tĂŞte, semblant regarder le contenu du petit gobelet. Tournant en rond dans la salle des accusĂ©s N°3, je ne pouvais m’empĂŞcher de paniquer. Dans quelques instants, j’allais devoir m’exercer Ă  l’art complexe de la DĂ©fense. Techniquement, cette affaire n’avait rien de très compliquĂ©e, cependant, il faut dire ce qui est, je ne suis pas un avocat. Encore moins de la dĂ©fense ! J’ai certainement Ă©tĂ© procureur dans quelques pseudo-affaires antĂ©rieures, mais rien de bien sĂ©rieux.

Et quelle affaire en plus ? Ah ! On se serait cru dans un sombre DLC mal fichu d’Ace Attorney. Fort heureusement, j’avais dĂ©jĂ  fait tous les jeux. J’espĂ©rai bien que cela puisse me servir.

« Bon, résumons ce que tu vas devoir faire. Si j’ai bien suivi, on va certainement commencer par te demander ton identité et ta profession…

— Mon nom est Shelly Gollins, et je suis servante du MaĂ®tre Malkym, avocat de la DĂ©fense.

— … J’avoue que j’aime bien cette formulation, mais on va devoir mentir, sur ce coup-lĂ .

— DĂ©jĂ  ? Dès la première question ?

— Je pense qu’il vaudrait mieux. Donc, tu t’appelles bien Shelly, tu as 15 ans et tu es… Ă©tudiante.

— Shelly. 15 ans. Étudiante. Très bien. Et pour ce qui est des autres questions ?

— Bon… tu l’as vraiment tuĂ©, ou pas ?

— …

— Si tu ne me rĂ©ponds pas, on ne pourra jamais avancer ! Et tu seras condamnĂ©e d’office !

— Non, je l’ai pas tuĂ© ! Mais j’aurai bien aimĂ©. Quel sale fils de p…

— Alors non ! Je t’arrĂŞte tout-de-suite ! Si tu dis ça, t’es bonne pour la taule ! C’est une certitude.

— Je ne vais pas faire que mentir, quand-mĂŞme !

— Tu ne mens pas, tu enjolives. Ça n’a rien Ă  voir !

— Comment ça ?

— Tu ne diras pas que t’aurais bien aimĂ© le tuer. Tu diras plutĂ´t que sa mort ne t’a que peu attristĂ©.

— Mais je vais me parjurer constamment, alors ?!

— Non. Ce n’est pas si Ă©loignĂ© de la vĂ©rité… Donc ça va.

— Et pour les autres questions ?

— Tu appliques le mĂŞme procĂ©dĂ©.

— Je ne suis pas convaincue, Malkym. Vraiment pas !

— Tu n’as pas d’autres choix ! Au pire… Dis la vĂ©ritĂ© sur les faits. Mais pas sur ton ressenti. Tu ne mentiras qu’à moitiĂ©. Et si tu ne l’as pas tuĂ©, tout se passera bien.

— … Moui… Tout se passera bien, oui. »

Un grand type moustachu fit irruption dans la salle. Il nous informa du début imminent du procès. La présence de Shelly au box des accusés était nécessaire, aussi, elle devait y être accompagnée par ce type. Après un rapide baiser et un court jeu de regards, lourd de sens, elle prit la porte. Pour ma part, je rassemblai mes dossiers, resserrai ma cravate, nettoyai mes cornes d’un bref coup de chiffon, et partis pour la salle d’audience.

*

J’entrai dans la vaste salle. Elle était quasiment en tout point semblable avec les fameuses salles de mes jeux d’enquêtes favoris. Au fond de la salle, le juge était installé à un petit mètre de hauteur derrière un grand pupitre d’acajou. À sa droite, se trouvait un bureau destiné à l’Accusation. Le procureur n’était pas encore arrivé. À la gauche du juge, le bureau de la Défense, sur lequel je vins poser mes dossiers avant de m’installer. Enfin, en plein centre de la salle, le fameux barreau, là où siégera chaque témoin et suspect dans l’affaire. À la réflexion, il manquait dans cette salle beaucoup d’éléments importants d’une véritable cour de Justice. Néanmoins, les jeux comme mes textes ne s’embarrassent pas de tels détails. Et si le Diable lui-même se cache en leur sein, c’est une raison de plus pour ne pas m’en encombrer.

Pas de jury en ces lieux. Le juge Ă©tait le seul Ă  dĂ©cider de la sentence appliquĂ©e. Cependant, tout autour de la salle, une foule monstre s’était dĂ©placĂ©e pour assister au procès. Il n’avait pourtant rien d’exceptionnel, et je me demandais bien ce qui pouvait rĂ©unir autant de spectateurs. Ma simple prĂ©sence suffisait-elle ? J’obtins bien vite la rĂ©ponse Ă  cette question lorsque la porte latĂ©rale, donnant accès au siège de l’Accusation, s’ouvrit brusquement. D’un coup, une multitude de cris de joie s’élancèrent Ă  travers la salle. Alors que la porte se refermait, je fus Ă©tonnĂ© de n’avoir vu personne y passer. Je me levai de mon siège pour finalement constater… une petite boule de poils. J’aurai jurĂ© l’avoir dĂ©jĂ  vu quelque part. Noir, tachĂ©e de blanc, peut-ĂŞtre l’inverse. De longues oreilles. Assez court sur pattes, mais celles-ci avaient une impressionnante taille. Le joli Cocker Anglais portait des lunettes de soleil dont les verres, teintĂ©es de rouge, reflĂ©taient le grand lustre de la salle d’audience.

D’un air impassible, il grimpa sur la chaise du procureur et, d’un petit bond, posa ses patounes avant sur le bureau. Perplexe, j’interrogeai le juge :

« Hum… Excusez-moi, votre honneur, mais les chiens ne sont-ils pas interdits dans l’enceinte du tribunal ? D’autant plus lorsqu’ils portent des lunettes de soleil en intĂ©rieur ?

— C’est certes tout-Ă -fait vrai, Monsieur Kym…

— Dans ce cas, que ce joli toutou retire ses sales petites pa-pattes du bureau de monsieur le procureur ! OĂą est-il, d’ailleurs ?

— Monsieur Kym. Ce chien… »

Le gros bonhomme sembla hĂ©siter Ă  formuler la fin de sa phrase. Soudain, le cocker bondit sur le bureau et fit fièrement le beau en s’exclamant :

« Le procureur, ici, c’est bien moi ! Ouaf ! Et c’est pas un bleu qui va me clouer le museau ! Et encore moins me faire dĂ©guerpir de ma salle fĂ©tiche ! Rouaf ! »

J’assure avoir failli me rouler de rire si nous n’avions pas Ă©tĂ© dans un tribunal et sur le point de juger une affaire de meurtre. Ă€ la place, je me contentais d’un sourire fortement explicite et d’une main sur le visage. C’était si… si… ridicule ! Dans un Ă©lan de sang-froid, je parvins tout-de-mĂŞme Ă  articuler une question :

« Moui… Un chien procureur… bien sĂ»r. J’aurai dĂ» y penser. Mais voulez-vous donc Ă´ter ses lunettes de soleil, monsieur de Procureur ? Nous sommes dans un tribunal.

— Jamais !

— Quelle impolitesse ! Vous ne comptez tout-de-mĂŞme pas les garder durant tout le procès ?

— Bien sĂ»r que si ! Ouaf ! Elle me donne un air tellement plus… cool ! »

Je dois avouer qu’il avait vraiment l’air cool. Sans toucher à ses jolies lunettes, il se rassit sur sa chaise, comme un bon chien, et regarda le juge en penchant sa tête sur le côté. Le gros monsieur, derrière son pupitre ne put s’empêcher de sortir un long gémissement de mignonnerie.

« Ooooh… Il est trop mĂ´gnon ce bon petit bonhomme… Hum ! Je veux dire… Nous allons aujourd’hui dĂ©cider du jugement de Shelly Gollins, accusĂ©e du meurtre de Kyle Beaumuzo. L’Accusation est-elle prĂŞte ?

— Ouaf ! Absolument votre Honneur !

— La DĂ©fense est-elle prĂŞte ?

— Fin prĂŞte, votre Honneur, affirmai-je en reprenant mon sĂ©rieux.

— Très bien. Monsieur le procureur, je vous prie de nous donner un bref rĂ©sumĂ© de l’affaire.

— Avec plaisir, votre Honneur ! Rouaf ! Ce Lundi 14 Juin, vers 11 heures, Monsieur Beaumuzo s’était rendu au bar The Otter Side. Après quelques Ă©changes houleux avec l’accusĂ©e, cette dernière lui a assĂ©nĂ© une sĂ©rie de coups de poings ayant conduit Ă  une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale, qui entraĂ®na la mort de la victime. Le rapport d’autopsie est formel.

— Pourriez-vous me le faire parvenir ? Je ne l’ai pas reçu. »

D’un adroit geste de l’une de ses Ă©normes pattes, le cocker jeta un dossier qui tomba au sol, près de mon bureau. Le chien grimaça un sourire forcĂ© tandis que je ramassai les quelques feuilles. SĂ©vères contusions sur l’ensemble du buste et de la tĂŞte. DĂ©cès Ă  l’hĂ´pital, suite Ă  une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale, ayant entraĂ®nĂ© des convulsions pendant une heure, avant la mort. Le rapport ne semblait pas contredire le procureur. Je me rassis Ă  mon bureau et triturai le poussoir de mon stylo en attendant les paroles du juge. Il annonça d’une voix forte :

« Sur ce lancer brillamment raté, je vous propose sans plus attendre de débuter.

— Bien sĂ»r, votre Honneur. Et, Ă  ce titre, j’aimerais appeler Ă  la barre mon premier tĂ©moin. »

Une loutre s’installa à la barre. C’était la serveuse qui nous avait servi notre thé, au bar. En plus d’une fourrure châtain foncé, elle portait un petit tablier bleu marine sur lequel était brodé une pleine lune. En plus de cela, ses petites oreilles étaient couronnées d’un serre-tête assorti à sa tenue. Il était quant à lui brodé de petites étoiles blanches. Il y avait d’étranges taches de café un peu partout sur sa tenue, y comprit sur certaines de ces petits étoiles.

Et lĂ , il est possible que vous puissiez vous poser une question. Tu es Ă©tonnĂ© qu’un chien parle et porte des lunettes de soleil, mais qu’une loutre soit serveuse dans un bar, ça t’en touche une sans faire bouger l’autre ? En d’autres circonstances, vous n’auriez pas tort. D’ailleurs, si elle n’avait pas Ă©tĂ© une loutre, mais un lapin, j’aurai certainement Ă©tĂ© pareillement Ă©tonnĂ©. NĂ©anmoins, et Ă  l’instar des chats, pour ce qui est des loutres, j’ai l’habitude.

« Ouaf ! TĂ©moin, veuillez, je vous prie, dĂ©clarer votre identitĂ©, somma le procureur.

— Mon nom est Belle Otter, j’ai 21 ans et je suis serveuse au bar The Otter Side.

— Depuis combien de temps, y travailler vous, au juste ?

— Près de 3 ans, maintenant. J’ai commencĂ© Ă  y travailler pour payer mon loyer. Les Ă©tudes sont chères, par ici.

— Vous ĂŞtes donc Ă©tudiante, en plus d’être serveuse ?

— Ce n’est pas facile tous les jours, mais oui. J’étudie les Arts de la Scène le matin et je sers des cafĂ©s l’après-midi.

— Pourriez-vous, mademoiselle, tĂ©moigner Ă  la cour de ce que vous avez vu le jour du meurtre ?

— Bien sĂ»r. »

Alors qu’elle réfléchissait, je me préparai à prendre des notes. La moindre contradiction était bonne à prendre et je ne comptais pas laisser cette loutre filer avec des arguments contre Shelly. J’allais tout donner lors du contre-interrogatoire. En attendant, il s’agissait de tendre l’oreille.


« Je suis arrivée au bar vers 10 heures. Je n’avais eu qu’une unique heure de cours, ce matin-la. Mon patron est parti faire une course et m’a confié le bar durant quelques heures.

Je me suis mise en tenue et j’ai attendu les clients. Le matin, il n’y a pas grand monde, alors je m’ennuyais un peu.

Enfin, aux alentours de 11 heures, le premier client de ma journée est entré. Il s’agissait de la victime. Il s’est assis à une table, a demandé un café et a commencé à lire son journal.

Après une petite trentaine de minutes, je lui servis son café. Entre-temps, une autre cliente s’était installée. C’était l’accusée. Elle m’a dit ne rien vouloir et je suis repartie aux cuisines.

J’entendis que le ton montait dans la salle d’à côté, mais je n’y prêtai pas attention, à ce moment-là.

Mais la victime s’était mise à crier vraiment fort, alors je suis allée voir ce qui se passait. L’accusée était en train de marteler la victime de violents coups de poings dans le ventre.

Je me souviens encore du type, totalement immobile, sans vie, au milieu de la pièce !

Elle n’arrêta de le frapper que lorsque l’avocat cornu de la défense ne revint la voir et la prenne dans ses bras. C’était franchement chelou, comme scène.

Sans plus attendre, j’ai saisi mon tĂ©lĂ©phone, et j’ai appelĂ© la police ! »


Ce témoignage m’avait laissé pas mal d’interrogations, en vérité. J’étais certain qu’au moins l’une d’elles rendrait ce témoignage totalement invalide. Le contre-interrogatoire commença.

« Mademoiselle Otter, vous affirmez que, le matin, peu de gens viennent dans votre bar. Pourtant, le matin, les gens viennent prendre leurs petits-dĂ©jeuners, autour d’un bon cafĂ© !

— Ouaf ! Objection ! C’est totalement impertinent en plus d’être spĂ©culatif !

— Retenue. Monsieur Kym, je doute que cela puisse discrĂ©diter le tĂ©moignage, affirma le juge.

— Dans ce cas, quelque chose m’intrigue vraiment… Vous affirmez avoir servi le cafĂ© Ă  Monsieur Beaumuzo près de trente minutes après sa commande ! Reconnaissez que ce n’est pas banal.

— Ah ! Ça ? Eh bien… je… hum… Il m’avait demandĂ© un cappuccino et je n’arrivais plus Ă  remettre la main sur mes dosettes, balbutia-t-elle.

— C’est pourtant une boisson plutĂ´t commune, non ? Tout le monde aime les cappuccinos !

— Nous venions d’être livrĂ©s, le matin mĂŞme, et elles Ă©taient en fait encore dans les cartons, derrière le bâtiment.

— Je vois, conclus-je peu convaincu par les rĂ©ponses de la loutre.

— D’autres questions, monsieur l’avocat, s’enquit le procureur. Ou vous voulez simplement partager Ă  la cour vos goĂ»ts en matière de petit-dĂ©jeuner ?

— Je crois bien, oui. Par la suite, vous dites avoir entendu le ton monter sans y prĂŞter grande attention. Pourtant, vous vous teniez au bar, Ă  vous ennuyer, auparavant, n’est-ce pas ? Autrement dit, vous ne deviez pas avoir grand-chose Ă  faire, dans ce bar. Pourquoi ĂŞtre retournĂ©e aux cuisines ?

— Eh bien… J’avais renversĂ© un peu de cafĂ©, et pour ne pas que les taches ne s’incrustent dans le plan de travail, il valait mieux s’en occuper rapidement.

— D’accord… Encore quelques petites choses. L’accusĂ©e frappait la victime oĂą, exactement ?

— Au ventre, il me semble. Au niveau de l’estomac, quoi.

— VoilĂ  qui est Ă©trange. Le rapport d’autopsie indique pourtant des contusions au niveau de la tĂŞte et de l’abdomen.

— J’ai certainement mal vu ! Elle le frappait, c’est tout ! De lĂ  Ă  dire si c’était dans la tĂŞte, dans le ventre ou dans les coudes… Je ne sais pas, conclut-elle paniquĂ©e.

— Rouaf ! Si je puis me permettre cet Ă©cart, monsieur Kym, je doute que mademoiselle Otter n’ait eu pour première rĂ©action d’analyser en dĂ©tails l’emplacement des coups portĂ©s par l’accusĂ©e.

— Le procureur Ă  raison. Cette loutre Ă©tait tĂ©moin d’un violent meurtre, après-tout ! Que la DĂ©fense poursuive son contre-interrogatoire.

— Je crois bien que je vais mĂŞme le conclure, votre Honneur ! Mademoiselle Otter, j’aimerais vous poser cette question depuis tout-Ă -l’heure, celle qui semble peut-ĂŞtre avoir le plus de poids. Vous affirmez que la victime gisait immobile, suite Ă  mon arrivĂ©e sur les lieux.

— C’est tout-Ă -fait exact. Vous ĂŞtes sortis des toilettes et avez pris l’accusĂ©e dans vos bras avant de la faire s’asseoir sur le cĂ´tĂ©.

— Et la victime ?

— Immobile. Et… pleine de bleus. Au sol… Mort quoi ! »

Un sourire me vint. Je regardais la loutre avec des yeux surpris. Je pris le rapport d’autopsie dans une main et le reposai fermement sur la table. Otter sursauta avec une grimace surprise.

« Je crois bien que vous mentez, mademoiselle !

— Pardon ? Mais il Ă©tait bien mort, le type ! Au sol ! Les bras ballants ! La face rouge !

— Non, non, non ! Le rapport d’autopsie est formel sur la question ! Monsieur Beaumuzo a convulsĂ© pendant près d’une heure avant de finalement mourir Ă  l’hĂ´pital de la suite de ces blessures !

— QUOI ?! S’indigna la serveuse une mine horrifiĂ©e. Mais puisque je vous dis qu’il Ă©tait mort, le gars ! Il Ă©tait tout raide et tout blessĂ© !

— Vraiment pas, non. Mais la question que je me pose vraiment… c’est comment vous n’avez pas pu remarquer une telle chose ! Il devait ĂŞtre en train de trembler, au sol, en poussant certainement de petits gĂ©missements Ă  vous glacer le sang !

— Vous avez une idĂ©e derrière la tĂŞte, Monsieur Kym ?

— Je crois bien, votre Honneur. Je suis mĂŞme certain de ce qui s’est passĂ©. Ce matin-lĂ , la victime a commandĂ© un cafĂ©. Il pouvait bien avoir commandĂ© un cappuccino, mais ça ne change rien Ă  la donne. Toujours est-il que mademoiselle Otter a certainement dĂ» avoir un problème en cuisines.

— Des problèmes ? Ouaf ! Vous allez devoir ĂŞtre un peu plus prĂ©cis, monsieur l’avocat je doute que vous puissiez prouver quoi que ce soit avec si peu de preuves.

— J’allais y venir, monsieur le procureur. Je pense tout bonnement que la cafetière a explosĂ© !

— ExplosĂ© ? N’importe quoi ! Qu’est-ce qui peut bien vous faire dire des choses pareilles ?

— Regardez mieux la tenue de serveuse de mademoiselle Otter. Elle est tachĂ©e Ă  de multiples endroits de belles taches de cafĂ©s, y comprit sur son serre-tĂŞte. Je doute que l’on puisse se faire de telles taches en prĂ©parant simplement quelques cafĂ©s.

— Ah oui ! Ces taches… Je ne les avais pas vues, avant… Maintenant que vous le dites… Hum ! Vous oubliez tout-de-mĂŞme quelque chose ! C’est bien l’apanage des dĂ©butants et des piètres avocats.

— Et quoi donc, cabot ?

— Qu’est-ce qui vous fait dire que cette tenue est celle portĂ©e le matin du meurtre ?

— Croyez bien que j’y ai pensĂ©, boule de poils ! Si cette tenue n’est pas celle portĂ©e ce matin-lĂ , cela fait donc de ce problème de cafetière un problème rĂ©curant, ce qui le rend encore plus probable !

— Bien ! Admettons ! Rouaf ! La cafetière a explosĂ©, soit. Mais je ne vois pas le rapport avec toute cette affaire !

— Mademoiselle Otter a affirmĂ© devoir essuyer quelques taches de cafĂ©. En cela, je ne pense pas qu’elle mente. NĂ©anmoins, je suis persuadĂ© que le problème Ă©tait bien plus consĂ©quent qu’une petite tâche de cafĂ©. Tout le plan de travail devait en vĂ©ritĂ© en ĂŞtre recouvert !

— Mais, trĂ©pigna la loutre de plus belle, non…

— PaniquĂ©e, elle devait absolument nettoyer la cuisine ! Son patron ne tarderait pas Ă  renter, après tout ! S’il voyait son Ă©tablissement dans un tel Ă©tat, cette sympathique loutre pouvait dire adieu Ă  son poste ainsi qu’à son appartement et ses Ă©tudes !

— Non !

— Et c’est dans cette panique qu’elle faisait tout ! C’est pour ça que le cafĂ© mis du temps Ă  arriver Ă  son destinataire. C’est pour ça qu’elle devait rester dans la cuisine après avoir servi la commande ! C’est Ă©galement pour ça qu’elle n’a pas prĂŞtĂ© grande attention Ă  l’endroit oĂą l’accusĂ©e frappait la victime ! Elle Ă©tait dĂ©bordĂ©e par son importante tâche !

— Non ! Vous dites n’importe quoi, paniqua la pauvre loutre.

— Elle Ă©tait tout simplement morte de peur Ă  l’idĂ©e de tout perde pour un peu de cafĂ© ! Pire encore lorsqu’elle dĂ©couvrit un violent combat dans le bar ! Votre honneur, ne l’en blâmer pas de trop. Cette loutre a menti pour protĂ©ger son emploi !

— NON !!! Ça n’devait pas se savoir ! Ce dysfonctionnement a durĂ© des heures ! Je ne pouvais pas laisser ça comme ça ! Le patron m’aurait tuĂ© ! Il y avait du cafĂ© qui coulait en continu ! Ce fichu système Ă©tait reliĂ© Ă  l’eau courante !

— DĂ©solĂ©, mademoiselle Otter, mais votre tĂ©moignage est caduc ! Votre honneur, nous ne pouvons pas prendre en compte des informations donnĂ©es sous la panique. »

Abattue, la pauvre loutre s’effondra sur le barreau. Quelques sanglots furent tirés de ses yeux. Elles savaient très bien que l’affaire s’ébruiterait et que, fatalement, elle arriverai aux oreilles de son patron. Mais je n’y pouvais rien. C’était sa vie ou celle de Shelly. Et… je n’avais plus envie de risquer celle de mon amie. Belle Otter fut reconduite à la porte, les larmes tombantes sur le café.

« Eh bien, Monsieur Kym… VoilĂ  une impressionnante dĂ©monstration de vos talents de dĂ©duction. Pour une première affaire, ce n’est pas mal !

— Ce n’est pas mal, Rouaf ! Mais c’est bien insuffisant !

— J’ai tout-de-mĂŞme discrĂ©ditĂ© l’un de vos tĂ©moins, monsieur le procureur cocker !

— Cocker Anglais, j’y tiens… Et de toute façon… discrĂ©ditez par la panique, c’est pas cool du tout ! J’aurai fait mille fois mieux, piètre avocat !

— Faites donc mieux, petit canidĂ© !

— Je vais me gĂŞner, tiens !

— Messieurs ! Calmez-vous, clama le juge. Je ne veux pas de bagarre dans ma salle d’audience ! De quoi j’aurai l’air, moi, après ? … Toujours est-il que, cette serveuse, la loutre… en face d’un tel avocat, elle a dĂ» tomber d’une… Belle Otter ! »

Face Ă  ce jeu de mots criminel, le cabot aux lunettes de soleil fut pris d’un grand fou rire qu’il partagea avec le juge bedonnant. Le fou rire se rĂ©pandit bientĂ´t Ă  toute la salle. L’audience entière fut emmenĂ©e dans cette blague vaseuse. Quant Ă  moi, je restais plantĂ©, sur ma chaise, derrière mon bureau, attendant patiemment la fin de cette extĂ©nuante agitation. Je songeai Ă  ma Shelly qui, juste derrière ces murs, devaient ĂŞtre en train d’entendre un ample fou rire gĂ©nĂ©ral sans ne rien comprendre Ă  sa raison, juste après avoir vu passĂ© une loutre serveuse sanglotante. Je dois bien avouer que je me demande encore ce qu’elle pu bien penser ce jour-lĂ . Après quelques tordantes minutes, le juge sembla enfin remarquer mon impassible visage, fatiguĂ© de cette farce douteuse. Il fit mine de s’étouffer dans son rire avant de reprendre :

« Hum ! Revenons Ă  nos moutons, je vous prie. Monsieur le procureur, si vous voulez bien faire entrer votre second tĂ©moin.

— Ouaf ! Il est temps, en effet, votre Honneur ! »

Un homme entra dans la salle, une taille moyenne, un blouson de cuir sur les Ă©paules. Son visage pâle et ses cernes colossales dĂ©montraient un flagrant manque de sommeil. Il arborait de longs cheveux violets mal coiffĂ©s et un insigne dorĂ© sur son blouson. D’un air las et fatiguĂ©, il s’affala sur le barreau. Le canidĂ© se racla la gorge et indiqua subtilement au gaillard qu’il devait Ă©teindre la cigarette qu’il gardait au bec. Dans un roulement d’yeux, il l’écrasa sur sa manche, qui prĂ©sentait d’ailleurs bon nombre de marques de brĂ»lures. Un murmure se fit pesant Ă  travers la salle. C’est vraiment lui, l’inspecteur ? Il fume comme un pompier, ça se voit. J’en connais un qui n’a pas assez dormi cette nuit. Le juge s’empara de son fameux maillet qu’il abattit Ă  deux ou trois reprises en sommant la salle de regagner son calme :

« ORDER ! ORDER ! Monsieur le procureur, ĂŞtes-vous certain que votre tĂ©moin est en Ă©tat de tĂ©moigner ? S’il n’arrive dĂ©jĂ  pas Ă  tenir debout, je vois difficilement comment il nous faire d’un point de vue Ă©clairĂ© et raisonnĂ© sur cette affaire !

— Ouaf ! Ne vous inquiĂ©tez pas, votre Honneur, balbutia le cocker, mon tĂ©moin est tout ce qu’il y a de plus Ă©veillĂ© ! Je dirai mĂŞme que son opinion pourrait bien changer la donne ! Laissez-lui simplement le temps de vous prouver que les apparences peuvent ĂŞtre trompeuses. Rouaf !

— Bien. Qu’il tĂ©moigne. Mais sachez dorĂ©navant que je n’aime pas accueillir de comateux dans ma salle d’audience.

— Merci, votre Honneur. »

Assis Ă  mon bureau, je ne pouvais m’empĂŞcher d’imaginer toutes les contradictions qu’allait pouvoir produire un tel enfarinĂ© ! J’étais absolument certain qu’il allait faire tant d’approximation hasardeuses et d’erreurs stupides que le juge le discrĂ©diterai d’office. Un sourire aux lèvres, je m’installai plus confortablement sur le dossier de ma chaise. Un tel tĂ©moin allait ĂŞtre facile Ă  faire craquer, pas vrai ? Le chien de procureur reprit :

« Témoin, veuillez décliner votre identité à la cour.

— Kama Ledormy. 31 ans. Inspecteur Ă  la brigade criminelle.

— Inspecteur Ledormy, depuis combien de temps ĂŞtes vous affectĂ© Ă  cette brigade ?

— 4 ans et 5 mois. Je doute que le nombre de jours vous importe, rĂ©pondit-il sèchement.

— Effectivement, nous pourrons nous en passer. Ouaf ! Vous avez pas mal d’expĂ©rience dans ce genre d’affaire. Vous semble-t-elle courante ?

— Absolument. Claire comme de l’eau de roche.

— Et… Simple curiosité… Qui pensez-vous clairement ĂŞtre la coupable du meurtre ?

— Objection, votre Honneur ! Le procureur tente clairement d’influencer le tĂ©moin par ses choix de mots, m’indignai-je.

— Retenue. Pourrions-nous directement passer au tĂ©moignage, je vous prie ?

— Rouaf ! Mes excuses, votre Honneur. TĂ©moin, merci de procĂ©der. »

Ă€ l’entente de cette courte prĂ©sentation, toutes mes suppositions s’écroulèrent. Il avait beau ĂŞtre Ă  somnolant, cet inspecteur n’en restait pas moins très prĂ©cis. Ça n’annonçait rien de bon : l’approximation Ă©tait un Ă©lĂ©ment clef dans les jeux d’Ace Attorney, pour dĂ©celer des contradictions. J’espĂ©rais que sa prĂ©sentation ne soit qu’un mauvais aperçu de son tĂ©moignage quand, finalement, il s’éclaircit la voix avant d’entamer :


« Le bureau de police a été appelé à 11h43. J’étais en pose, à ce moment-là. On est arrivé sur les lieux à 12h04.

Dans le bar, il n’y avait que 4 personnes. Une loutre, l’avocat cornu, l’accusée et le… hum… le corps convulsant de la victime.

Il était maculé de bleus. Il en avait partout sur le visage. Plus tard, l’autopsie montrera aussi des bleus sur tout l’abdomen. L’accusée s’était clairement acharnée sur le type.

Après sa mort, on a retrouvé beaucoup de choses dans le corps de la victime. Parmi les éléments les plus importants, on a trouvé d’importantes traces d’opioïdes dans son système digestif, de blé et de poulet déshydraté sur ses mains ainsi que quelques poils de chiens sur ses vêtements.

L’accusée était assise sur une chaise, les mains endolories et le visage rouge de rage. L’avocat cornu était en train de la rassurer quand nous sommes arrivés. Elle regardait fixement la victime gigotante avec beaucoup de colère. C’est un comportement typique dans ce genre d’affaire.

La serveuse était dans la grande salle à notre arrivée. Elle semblait paniquée et avait son tablier recouvert de café. C’est une collègue qui l’a interrogé. Elle m’a rapporté que la loutre avait entendu du bruit dans la grande salle, ce qui l’avait immédiatement alerté. Elle a appelé tout-de-suite la police en voyant l’accusée tabasser la victime.

Après l’analyse de la scène de crime, nous avons embarqué l’accusée et convoqué les deux autres témoins au bureau de police à 15h12. Il s’avérera alors que l’avocat n’avait pas assisté à la scène. »

La dĂ©claration Ă©tait finalement terminĂ©e. Le juge semblait s’être perdu dans les explications de l’inspecteur. Son regard se perdait dans le vide, au fond de la salle. Je l’apostrophai pour le rĂ©veiller de sa transe. Il sursauta avant de dĂ©clarer :

« Tout ceci me semble très clair, inspecteur Ledormy. Je vous remercie et laisse désormais la parole à la Défense pour son contre-interrogatoire.

— Merci votre honneur. »

Le temps du contre-interrogatoire Ă©tait arrivĂ©. Le moins que l’on pouvait dire, c’est que ce tĂ©moignage Ă©tait somme toute prĂ©cis. Il n’allait pas ĂŞtre aisĂ© de mettre en doute un tel niveau de dĂ©tails. Mais j’avais pris mes notes durant la dĂ©claration, et j’avais bien pu relever quelques petites choses. Je pris ma plus belle voix et commençais :

« Inspecteur Ledormy, une chose m’étonne particulièrement dans votre témoignage.

— Ah oui ?

— Absolument ! Voyez-vous, je me demande vraiment comment vous pouvez vous souvenir avec une telle prĂ©cision les horaires de vos actions.

— Objection ! Rouaf ! Ce n’est pas une question.

— Mes excuses. Inspecteur, comment faites-vous pour vous rappeler aussi prĂ©cisĂ©ment l’heure de chacun des Ă©vĂ©nements ?

— Je suis prĂ©cis. C’est tout. Je regarde très frĂ©quemment ma montre, et ne pas connaĂ®tre l’heure me frustre Ă©normĂ©ment.

— IntĂ©ressant. Par ailleurs, vous affirmez avoir vu 4 personnes sur les lieux, pas vrai ?

— C’est ce que j’ai dit.

— Pourquoi compter la victime parmi ces 4 personnes ? Pourquoi cette hĂ©sitation ? L’avez-vous laissĂ© pourrir plusieurs dizaines de minutes sur la scène de crime ? L’avez-vous interrogĂ©, peut-ĂŞtre ? Lançai-je avec humour.

— La loutre nous avait prĂ©venus au tĂ©lĂ©phone d’un blessĂ© grave. J’avais moi-mĂŞme prĂ©venu une ambulance qui nous a accompagnĂ© sur les lieux et a immĂ©diatement emmenĂ© la victime Ă  l’hĂ´pital.

— Pourquoi ne pas l’avoir prĂ©cisĂ©, comme Ă  votre habitude ?

— Tout simplement car cela va de soi, rĂ©torqua-t-il sèchement en me clouant le bec.

— Ah… oui… Bien entendu.

— Ouaf ! Auriez-vous des questions pertinente Ă  poser au tĂ©moin, monsieur le piètre avocat ?

— Je pense, oui ! Inspecteur Ledormy, vous qualifiez vous-mĂŞme les traces d’opioĂŻdes, de blĂ©, de poulet et les poils de chien d’importants. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

— Car ces Ă©lĂ©ments sont assez intrigants pour ĂŞtre soulignĂ©s.

— Intrigants ? Peut-ĂŞtre avait-il simplement un chien, qu’en pensez-vous ?

— Ah ! Eh bien, non. Pas le moindre chien sur les lieux du crime. Pas de chien dans ce bar.

— Je vois. Et les opioĂŻdes ? Pourquoi y avait-il des traces d’opioĂŻdes ?

— La victime consommait un traitement Ă  base d’opiacĂ©s. Il lui coĂ»tait d’ailleurs une vĂ©ritable fortune, environ 850 $ par mois. Pour le salaire d’usine de la victime, c’était colossal.

— D’usine ? Quelle profession exerçait la victime ?

— Il Ă©tait ouvrier dans une usine de biscuits pour chien. Ça explique d’ailleurs les traces de nourriture dĂ©shydratĂ©e sur ses mains.

— La victime avait-elle un chien ?

— Euh… Je…balbutia Ledormy.

— Objection, votre Honneur ! Cela ne change rien Ă  notre affaire. C’est tout-Ă -fait hors de propos !

— RejetĂ©e. Je me demande oĂą va nous conduire le raisonnement de la DĂ©fense.

— La victime avait bien un chien.

— Pas plus de dĂ©tails ? Je suis un peu déçu, affirmai-je.

— Nous n’avons pas creusĂ© plus loin. DĂ©solĂ©.

— Encore une perte de temps, piètre avocat ! Rouaf ! Vous allez devoir faire mieux ! Ou quitter cette salle d’audience. »

Je dois avouer que j’étais Ă  court d’idĂ©e. Je n’avais rien notĂ© de plus qui puisse vraiment discrĂ©diter ce tĂ©moignage. Bon sang ! La voix d’un inspecteur allait peser bien trop lourd sur la balance ! Je ne pouvais pas le laisser s’en sortir comme ça. Je vis les regards complices que l’inspecteur Ă©changeait avec le procureur. Qu’avaient-ils bien pu manigancer ?

Je n’arrivais plus Ă  rĂ©flĂ©chir. Mais le temps ne s’était pas arrĂŞtĂ© pour autant ! La cour attendait ma prochaine question. Elle devait ĂŞtre dĂ©cisive ! Encore quelques questions impertinentes et Shelly Ă©tait bonne pour la prison ! Il m’aurait fallu un bon thĂ© pour me calmer. Ceux du bar Ă©taient très bons. Cette loutre avait vraiment un don pour prĂ©parer les thĂ©s. Cette loutre… Mais oui ! La serveuse ! AppuyĂ© sur mes dossiers, je me redressai fièrement avant de reprendre :

« Je crois que je vais prendre la première option, monsieur le cani-procureur !

— Nous vous Ă©coutons, Kym ! Faites-nous part de vos soi-disant talents !

— Inspecteur, dès votre arrivĂ©e, la loutre Ă©tait dĂ©jĂ  sur les lieux du crime ? Dans la grande salle ?

— C’est exact, oui.

— Ah ! La voilĂ  votre contradiction !

— Je vous demande pardon ?

— La serveuse, mademoiselle Otter, Ă©tait dĂ©bordĂ©e aux cuisines, quand vous-ĂŞtes arrivĂ©s ! Sa cafetière avait explosĂ© et il y avait du cafĂ© partout ! Elle Ă©tait bien trop occupĂ©e Ă  la nettoyer !

— N’importe quoi ! Ouaf ! Elle aurait très bien pu avoir fini de nettoyer, depuis ce temps !

— J’en doute fortement !

— Des preuves, Kym ! Vos paroles ne sont rien sans preuves !

— Avant d’être emmenĂ©e, tout-Ă -l’heure, mademoiselle Otter, a affirmĂ© que le dysfonctionnement a durĂ© plusieurs heures, car le système, reliĂ© Ă  l’eau courante, ne cessait de produire du cafĂ© en continu après son explosion !

— Ça ne l’empĂŞchai en rien de rĂ©pondre aux questions de la police, Rouaf !

— Peut-ĂŞtre, mais elle devait certainement rester dans les cuisines pour rĂ©parer les dĂ©gâts. Ă€ moins bien sĂ»r que…

— Cracher le morceau, le cornu ! Ă€ moins que quoi ?

— Ă€ moins que mademoiselle Otter n’ait eu un autre problème Ă  rĂ©gler en dehors des cuisines.

— Vous avez une idĂ©e prĂ©cise en tĂŞte, monsieur Kym ? Interrogea le juge.

— Absolument, votre Honneur ! Je suis persuadĂ© que dans la grande salle, la serveuse Ă©tait confrontĂ© Ă  un autre problème. Pour ĂŞtre tout-Ă -fait clair, je pense qu’un chien se trouvait Ă  l’intĂ©rieur Ă  ce moment-lĂ  !

— Un… chien ?

— Ouaf ! Je ne sais pas ce que vous avez avec les chiens, aujourd’hui, monsieur Kym, mais tout ceci commence Ă  devenir franchement ridicule !

— J’ai pourtant quelques arguments en ma faveur ! Les traces de nourriture pour chien dĂ©shydratĂ©e que la victime portait sur ses mains. Les poils de chien sur ses vĂŞtements. Le fait que monsieur Beaumuzo possĂ©dait bel et bien un chien ! Les hĂ©sitations de l’inspecteur Ledormy. Tout cela me laisse penser… qu’il y avait bel et bien un chien dans ce bar, au moment du meurtre !

— Rouaf ! Mais qu’est-ce que ça peut bien changer, qu’il y ait un chien ou pas ?

— Eh bien, si j’en suis mon expĂ©rience, je suis convaincu que ce chien a eu son rĂ´le Ă  jouer dans cette affaire. Je n’aurai pas mis autant de dĂ©tails canins dans ce texte sans une bonne raison ?

— … Pardon ? Questionna le juge.

— RĂ©flĂ©chissez ! S’il y a tous ces Ă©lĂ©ments canins dans toute cette affaire, ce doit ĂŞtre pour une raison, non ? C’est toujours comme ça, dans Ace Attorney !

— Bon sang mais de quoi parlez-vous ?

— Attendez… laissez-moi quelques instants pour faire mes suppositions.

— Je… eh bien… Nous attendrons.

— Ouaf ! Vous ĂŞtes sĂ©rieux, votre Honneur ?

— Quoi ?! J’adorais ces jeux quand j’étais jeune ! »

Tandis que le cocker se collait un facepalm, je me mis Ă  rĂ©flĂ©chir. Ce texte commençait vraiment Ă  devenir long, et un raccourci scĂ©naristique tel moi seul sais les crĂ©er ne serait pas malvenu ! Les idĂ©es tourbillonnèrent dans mon esprit. Quel prĂ©texte farfelu j’avais bien pu trouver pour admettre la prĂ©sence d’un chien dans ce crime ? RĂ©flĂ©chis Malkym ! RĂ©flĂ©chis ! Comment faisaient-ils d’habitude dans ces jeux d’enquĂŞtes dĂ©bilement bons ?

Mais c’est bien sĂ»r ! Le vrai coupable est toujours rencontrĂ© prĂ©cĂ©demment dans l’histoire ! Sinon, il ne pourrait jamais ĂŞtre coincĂ© ! C’est une mĂ©canique de gameplay vieille comme le monde ! Un fusil de Tchekhov personnifiĂ© qui, Ă  bien y regarder, ne pouvait en fait qu’être le vĂ©ritable meurtrier ! Toutes ces pistes menaient bien Ă  penser qu’un chien se trouvait sur les lieux ! Et le seul chien dans cette affaire…

« C’est vous, monsieur le procureur !

— Ouaf ? Moi ? Eh bien quoi ?

— C’était vous, le chien, sur les lieux du crime !

— Mais voulez-vous cesser de divaguer, jeune homme ! Rouaf ! Vous n’avez mĂŞme pas la moindre preuve que je puisse ĂŞtre jamais entrĂ© dans ce bar ! Ni mĂŞme que je n’ai croisĂ© la victime un jour !

— Eh bien, pourtant je l’affirme ! Inspecteur ! De quelle couleur Ă©taient les poils retrouvĂ©s sur les vĂŞtements de monsieur Beaumuzo ?

— Je… hum…

— Ouaf ! Ne me dites pas que…

— Ils Ă©taient noir et blanc.

— KaĂŻ ! Piailla le chien. Ça ne prouve rien Ă  rien ! Je suis loin d’être le seul chien noir et blanc de cette planète, monsieur Kym !

— Peut-ĂŞtre, mais vous ĂŞtes sans conteste le seul chien noir et blanc de cette salle ! Une pause s’impose, mais je souhaiterais que, durant celle-ci, les poils du procureur soient comparĂ©s avec ceux retrouvĂ©s sur les lieux du crime.

— N’importe quoi…

— AccordĂ©e.

— Pardon ?! Rouaf ! Mais vous vous fichez de moi ?!

— Cet avocat a de l’audace monsieur le procureur. Et, si ce qu’il dit est faux, vous ne courez aucun risque, pas vrai ?

— Grrr… Soit ! Mais si cela ne donne rien de concluant, je veux que cet avocat soit renvoyĂ© sur le champ ! L’accusĂ©e n’aura plus qu’à ĂŞtre dĂ©clarĂ©e coupable ! Ouaf !

— J’accepte cette condition. La sĂ©ance est suspendue pour une demie-heure. »

Suite Ă  son tĂ©moignage, l’inspecteur Kama Ledormy, dont la fatigue ne s’était finalement pas faite ressentir, avait Ă©tĂ© reconduit en dehors de la salle, vers le coin fumeur du tribunal. Son tĂ©moignage m’avait Ă©tĂ© d’une aide prĂ©cieuse. Cependant, il avait Ă©galement renforcĂ© cette idĂ©e de profonde haine de Shelly Ă  l’égard de la victime. Il allait me falloir ruser pour rĂ©ussir Ă  modifier cette image de la tĂŞte du juge. Peut-ĂŞtre en rendant la haine lĂ©gitime ? J’y songeais.

NĂ©anmoins, je ne revenais pas que ce stratagème ait pu fonctionner ! C’était inespĂ©rable ! Durant la pause, les poils allaient ĂŞtre comparĂ©s et moi, j’allais pouvoir rĂ©flĂ©chir plus amplement sur l’affaire. J’aurais voulu en discuter avec Shelly, mais elle devait rester dans la salle du procureur jusqu’à son tĂ©moignage. Ce dernier ne tarderait d’ailleurs pas Ă  arriver. Il fallait que je me prĂ©pare. C’était la dernière ligne droite ! Le dernier tĂ©moin ! Je savais que c’était le dernier car le texte Ă©tait dĂ©jĂ  beaucoup trop long, mais que la dernière phrase n’avait pas encore Ă©tĂ© placĂ©e.

En attendant la reprise de l’audience, je vagabondais dans les couloirs, en relisant certaines pages du dossier. Je n’avais pas vraiment pris le temps de le lire intégralement. Une courte lecture en diagonale suffisait, d’habitude. Mais mieux valait s’y attarder cette fois. J’appris par exemple dans la retranscription d’une lettre à un confident que le traitement aux opiacés de monsieur Beaumuzo était si cher qu’il songeait à supprimer certains frais importants de sa vie. Plus loin, je fus surpris de voir que monsieur Beaumuzo recevait des factures de traitements ophtalmiques et lombaires. Il ne devait pas bien vivre tous les jours, ce type.

Tandis que je prenais un cafĂ© Godot au distributeur (parce qu’ils avaient beau ĂŞtre chers, ils en restaient dĂ©licieux), je songeais Ă  quelque chose auquel j’avais complètement oubliĂ© de rĂ©flĂ©chir auparavant. Quel pouvait ĂŞtre le motif du meurtre ? Selon l’Accusation, c’est bien sĂ»r la rage de Shelly qui l’a poussĂ© Ă  marteler la victime de coups de poings. Mais, si c’est bel et bien quelqu’un d’autre qui tua ce jour-lĂ  Beaumuzo… il fallait en trouver la raison !

Le procès allait bientĂ´t reprendre. Mon cafĂ© Ă  la main, je m’installai dans la salle. Le cocker s’était dĂ©jĂ  assis Ă  son bureau. Quel sale clebs, lui et ses fichues lunettes de soleil. Elles Ă©taient si opaques que je n’arrivais pas Ă  distinguer son regard narquois, qui devait certainement correspondre au sourire satisfait qu’il arborait, ses grosses pattes sur le bureau. Quel cabot !

Le gros juge n’était pas encore revenu. En me penchant sur ma chaise, je pus deviner la forme Ă©crase de son fauteuil. Le cuir rouge Ă©tait si tendu qu’il semblait ĂŞtre sur le point de se craquer. J’espĂ©rais de tout cĹ“ur que cela n’arriverait pas durant le procès. Un nouveau fou rire serait diablement contre-productif pour Shelly. Enfin, le juge pĂ©nĂ©tra dans la salle. Il nous salua, le procureur et moi, avant de prendre place sur son siège. Je le vis tenter vainement d’éliminer les petits morceaux de glaçage, de donut framboise Ă©tant donnĂ© leur couleur, de sa longue barbe. Quand il se rendit compte de ma discrète observation, il rougit soudainement et fit comme si de rien n’était en regardant fixement le fond de la salle. Il se racla la gorge de gĂŞne avant de lancer :

« Les deux partis Ă©tant rĂ©unis de nouveaux, il serait de bon ton de reprendre le cour de notre procès. L’Accusation est-elle prĂŞte ?

— Depuis longtemps, votre Honneur ! Ouaf !

— La DĂ©fense est-elle prĂŞte ?

— Plus que jamais, votre Honneur ! Affirmai-je avec dĂ©termination.

— Bien. En ce cas, je vais tout d’abord laisser monsieur le procureur nous faire part des rĂ©sultats de l’analyse des poils. »

Bien qu’il ne puisse pâlir, le cocker fur pris d’une mine gĂŞnĂ©e. Il tira timidement une feuille du gros dossier auquel il faisait face. Il fit mine de remettre ses lunettes, qui Ă©taient pourtant dĂ©jĂ  très proches de ses yeux, et prit une voix claire :

« L’analyse a démontré que les poils retrouvés sur les lieux du crime…

— … ?

— Eh bien ?

— Étaient bel et bien similaires aux miens.

— Ah ! Je le savais ! Vous Ă©tiez bien sur les lieux du crime !

— Il s’avère effectivement que… je connaissais la victime. Sous un autre nom, cela va de soi. Sinon… croyez bien que je m’en serai aperçu ! Mais ça ne prouve pas que j’étais sur la scène du crime ! Et je ne suis pas Ă  la barre, monsieur l’avocat ! Vous ne pouvez pas me forcer Ă  rĂ©pondre.

— Pas besoin, boule de poils. Je ne crains pour vous que vos paroles n’aient dores-et-dĂ©jĂ  Ă©tĂ© bien suffisante pour en convaincre notre bon juge.

— C’est bien possible, Kym. Monsieur le procureur, je vous laisse faire entrer votre tĂ©moin.

— Hum, oui… bien sĂ»r, votre Honneur, conclut le chien en se rendant compte de son erreur. »

Ma très chère Shelly passa les portes de la salle et se plaça en son centre, derrière la barre. Le procureur lui fit un sourire insistant des plus malaisants. Elle semblait très gĂŞnĂ©e par le cabot. Quand elle tourna finalement la tĂŞte vers moi, son visage triste n’était pas pour me rassurer. Je lui fis signe que tout se passerait bien et lui esquissa un lĂ©ger sourire, qu’elle reproduit en retour. Je me doutais que l’expĂ©rience ne dĂ»t pas ĂŞtre des plus… sympathique. Mais Shelly Ă©tait forte. Elle tiendrait le coup. J’en Ă©tais certain. Le procureur aboya :

« Rouaf ! Ma, si jolie, demoiselle, je vous prie de bien vouloir dĂ©cliner votre identitĂ© Ă  cette cour.

— Shelly. 15 ans. Étudiante, tira-t-elle d’une traite tandis que je me facepalmais.

— Oh lĂ  ! Tout doux, tout doux ! Votre identitĂ© complète ! DĂ©jĂ , votre nom de famille ne serait pas de refus, ouaf !

— Gollins. Shelly Gollins.

— C’est anglais ?

— Hum.. euh… Oui ! Oui oui…

— Aaah… Ça nous fait un point commun, milady. »

J’hĂ©sitais Ă  lui faire remarquer qu’elle n’avait que 15 ans. NĂ©anmoins, deux choses s’y opposaient. D’une, cette boule de poils le savait dĂ©jĂ . De deux, compte tenu de mon propre âge et de ma relation avec Shelly… Non, cette remarque ne tenait vraiment pas debout. Il reprit :

« Ensuite… Vous n’avez que 15 ans, Ouaf ? AccusĂ©e de meurtre Ă  15 ans. Pauvre de vous.

— Ce n’est pas une question, ça.

— Et enfin, vous ĂŞtes Ă©tudiante. Qu’étudiez-vous donc ? Rouaf !

— Eh bien… j’étudie.

— D’accord, mais quoi ? Pour faire des Ă©tudes Ă  15 ans, vous devez en avoir dans le ciboulot !

— Bah… J’étudie ! Je suis Ă©tudiante, quoi ! Une Ă©tudiante, ça Ă©tudie.

— …

— Non ?

— … Je vais vous laisser mener votre tĂ©moignage, d’accord ?

— Très bien. »

Bon sang, Shelly ! Je savais que j’aurais dĂ» prendre plus de temps pour t’entraĂ®ner Ă  l’art oratoire. J’espĂ©rais qu’elle ne se condamne pas d’elle-mĂŞme dans son tĂ©moignage. Sinon… je ne pourrais plus rien pour elle. J’ai bien mon idĂ©e sur toute cette affaire, mais c’est bien Shelly qui allait nous rĂ©vĂ©ler la vĂ©ritĂ©. Je pris mon carnet de notes entre mes mains, pressais le poussoir de mon stylo et tendis l’oreille. Elle commença son tĂ©moignage :


« Suite à notre arrivée sur la plage, après un naufrage, moi et Malkym, nous sommes rendus en ville, bien décidés à prendre le temps de discuter de tout ce qui venait de nous arriver. Nous avons aperçu le bar, The Otter Side, et y sommes rentrés. Il devait être… environ 11 heures et demie.

Malkym m’a affirmé souffrir d’un gros mal de ventre et est parti aux toilettes. Quelques instants après, la serveuse, une jolie loutre, m’a demandé ce que je voulais. Je n’ai rien pris et ai regardé autour de moi, histoire de passer le temps avant le retour de Malkym.

Le type, à la table d’à côté lisait son journal tranquillement. Sur sa table, il avait un petit sac blanc et sa tasse de café. Il était accompagné d’un petit chien noir et blanc qui louchait et qui se tenais près de sa tasse. Ça m’a un peu faire rire de le voir loucher.

Le chien fouillait dans le sac avec son museau, je ne sais pas trop ce qu’il faisait. Il devait s’amuser à mâchouiller un petit jouet, je suppose. Il a ressorti la tête du sac et a voulu laper le café de son maître. Comme je suis serviable, j’ai voulu prévenir le type, parce qu’il était trop plongé dans son journal pour s’en rendre compte.

Mais avant que je puisse, il m’a insulté avec une drôle de petite voix, comme s’il s’était bouché le nez. Sans quitter son journal des yeux, il m’a répété que j’étais qu’une conne et que mes cornes ne m’allaient pas du tout. J’étais très vexée, alors j’ai arrêté de lui parler. Il a pris une grande gorgée de son café avant de continuer.

Tout y passait ! J’étais devenue une salope, une connasse, une pute, une garce, une fille de putain, une coureuse de remparts. Je vous avoue qu’il commençait Ă  vraiment m’énerver. Mais quand il a commencĂ© Ă  insulter Malkym, mon sang n’a fait qu’un tour. M’insulter, d’accord. Mais on n’insulte pas mes amis devant mes yeux ! Je me suis jetĂ© sur lui pour rĂ©parer l’affront qu’il venait de faire Ă  mon maî… mon ami. Et je l’ai frappĂ© encore et encore et encore !

Malkym est finalement revenu. Il m’a séparé, m’a assis sur une chaise… et on a attendu l’arrivée de la police, pleine de colère envers ce type. »

Elle n’a pas dit avoir envie de la tuer… Il y avait donc un plus. NĂ©anmoins, elle ne se mettait pas en bonne position. J’avais tout-de-mĂŞme notĂ© certaines choses particulièrement intĂ©ressantes. Le contre-interrogatoire dĂ©buta :

« Shelly, tu confirmes bien la prĂ©sence d’un chien au sein du bar ce jour-lĂ  ?

— Oui ! Un cocker, blanc et noir, bien brossĂ©, qui louchait.

— Ça c’est intĂ©ressant. Et ce chien Ă©tait bien impoli, hein ?

— Ah ça, oui ! Il s’est mis en tĂŞte de boire le cafĂ© de son maĂ®tre !

— Quelle impolitesse…

— Ouaf ! C’est bien vrai ! NĂ©anmoins, ça ne change rien au fait qu’elle l’a tuĂ©, monsieur l’avocat !

— Ah oui ? Je ne pense pourtant pas que notre accusĂ©e ait pu tuer cet homme de quelques coups de poings.

— Vous rigolez ? Rouaf ! Près d’une vingtaine de coups portĂ©s sur l’ensemble du visage et de l’abdomen ! Évidemment qu’elle l’a tuĂ© !

— Non… Shelly est bien trop frĂŞle pour porter de tels coups mortels !

— Après une vingtaine de coups, personne n’est en Ă©tat de se relever ! Elle n’a pas mis des coups mortels, mais elle a provoquĂ© son hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale ! Vous suivez ?

— Pourtant, je vous affirme que ce ne sont pas ses coups qui ont provoquĂ© cette hĂ©morragie !

— Pardon ?

— Ce n’est nul autre… qu’une overdose !

— Une overdose ? Mais le rapport d’autopsie est formel, mon petit gars. Vous ne changerez pas la cause de la mort si facilement.

— Peut-ĂŞtre pas moi, mais vous, si !

— Bah tiens ! Et quel intĂ©rĂŞt aurai-je donc Ă  falsifier ce rapport ?

— Votre innocence, boule de poils.

— Vous divaguez.

— Vaguez !

— Je sens que vous avez une idĂ©e derrière la tĂŞte, monsieur Kym. Je doute que vous ne puissiez prouver quoi que ce soit, mais je suis curieux de l’entendre.

— Ouaf ! Mais c’est une salle d’audience ! Pas un feu de camp autour duquel on raconte des histoires Ă  dormir debout !

— Avant toutes choses, il va me falloir Ă©tablir certaines donnĂ©es. Ces factures montrent clairement que monsieur Beaumuzo payait chaque mois 3 traitements. Un ophtalmique, un lombaire et un aux opioĂŻdes afin de calmer sa douleur. Ajoutez Ă  cela les frais d’entretien de son chien et vous obtenez une somme colossale que monsieur Beaumuzo ne pouvait se permettre de payer. Ces informations Ă©tant donnĂ©es, voilĂ  ma thĂ©orie.

— Nous Ă©coutons…

— Voyez vous cette facture de traitement ophtalmique ? Elle ne prĂ©cise pas Ă  qui revient ce traitement. Mais je pense en rĂ©alitĂ© qu’il Ă©tait adressé… au chien de monsieur Beaumuzo !

— Mais ça ne fait pas de sens ! Rouaf ! Pourquoi un chien aurait besoin d’un traitement ophtalmique, monsieur Kym ?

— Parce qu’il louchait. N’est-ce pas Shelly ?

— Absolument ! J’en ris encore rien qu’en y repensant.

— Or, tous ces traitements revenaient bien trop chers Ă  Monsieur Beaumuzo. Il devait en supprimer. Au moins un. Le lombaire ? Non… il ne pourrait plus jamais marcher de sa vie. Les opiacĂ©s ? Il ne valait mieux pas, ou le traitement lombaire lui ferait souffrir un martyr qui lui serait fatal. Mais le traitement de son chien… C’était une dĂ©pense importante Ă  ses yeux, mais dont il devait se passer.

— Mais je ne vois pas le rapport avec le meurtre ! Ouaf !

— En apprenant la nouvelle, le chien s’est senti trahi.

— Trahi ? Le chien s’est senti trahi ?

— N’êtes vous, vous-mĂŞme, pas capable d’émotions, monsieur le procureur ?

— Grrr… touchĂ©.

— Il a alors dĂ©cidĂ©, en reprĂ©sailles, de mettre un terme Ă  la vie de son maĂ®tre ! Ainsi, son traitement ne serait jamais rĂ©voquĂ©, et il pourrait continuer d’en bĂ©nĂ©ficier dans sa nouvelle famille d’accueil. Il a alors panifiĂ© le meurtre mĂ©thodique de monsieur Beaumuzo. Il allait devoir le tuer sans que l’on ne sache que ce fut un meurtre. Sinon, il aurait pu ĂŞtre dĂ©masquĂ©. Quel meilleur moment que, seul, sans la surveillance de son maĂ®tre, avec une jeune fille au sang chaud ?

— Vous vous rendez compte de ce que vous dites, monsieur Kym ? Et pourquoi monsieur Beaumuzo aurait-il insultĂ© votre amie ?

— Je dois avouer que cette question… je me la suis posĂ©e aussi. Et j’en suis arrivĂ© Ă  une conclusion. Afin de ne pas ĂŞtre dĂ©couvert par Shelly lors de son empoisonnement, il fallait que le chien imite la voix de son maĂ®tre.

— Bon sang ! Monsieur le juge, mettez fin Ă  ce simulacre ! Rien ne colle dans son affaire ! Il va mille fois trop vite en besogne ! Et ça n’a aucun sens ! Il parle d’empoisonnement, de chien qui parle, de trahison basĂ© sur du vent !

— Raaah ! Mais taisez-vous donc, monsieur le procureur ! Vous interrompez sans cesse la DĂ©fense.

— Merci, votre Honneur. J’affirme donc, ici et maintenant, que le chien de monsieur Beaumuzo a assassinĂ© son maĂ®tre en l’empoisonnant avec le traitement aux opioĂŻdes qui se trouvait dans le sac blanc et qu’il a placĂ© en surdose dans le cafĂ© de son maĂ®tre tout en imitant la voix d’un humain afin de dĂ©guiser son meurtre en le mettant sur le compte de Shelly qui Ă©tait assise Ă  la table d’en face !

— … Et ce chien ? OĂą est-il ? Ce sordide meurtrier qui me ressemble apparemment en tous points, qui a la capacitĂ© de parler et dont les yeux louchent ?

— Ă€ la vue de toutes ces preuves…

— Ce ne sont pas des preuves ! Ce sont des idioties inventĂ©es de toutes pièces !

— … j’affirme que le seul chien capable d’avoir commis ce meurtre n’est autre que le procureur boule de poils !

— Ce ne sont pas des preuves !

— Vous ĂŞtes sĂ»r ? Votre honneur, qu’en pensez-vous ?

— Le procureur a raison. C’est une bien belle fable, mais elle n’a aucun sens, sans les preuves adĂ©quates, monsieur Kym.

— … Donc… C’est moi qui l’ai tuĂ©, alors ? Bah, il l’avait mĂ©ritĂ©, Ă  t’insulter, Malkym.

— Mais quelle conne… affirmai-je abattu par l’absurditĂ© de toute notre situation.

— Ouaf !


Malheureusement pour vous, très chère accusée, je ne crains que vous n’ailliez commis l'erreur de trop, en osant baragouiner de telles... inepties, pour ne pas être trop vulgaire envers une si jolie demoiselle qui, j'en suis sûr, saura reconnaître sa terrible erreur. »










Cette histoire fait partie d'un tout plus grand !











JilanoAlhuin

C'EST LOOOOOOOONG, je rigole... Tu aimes Ace Attorney, n'est-ce pas ? Tout est superbement bien mis en scène avec des petites refs !


Le 21/06/2021 à 23:43:00

















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