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À la manière du western
Malkym
Spectacles
![]() ![]() Le Bon, la Brute et le Mauvais(par Malkym)On m’a toujours dit que « quiconque commet un crime en paiera un jour le prix ». C’était peut-être vrai après tout. Mais, à la vue de ta situation actuelle, il semble que ce fameux jour ne soit pas encore arrivé, pas vrai ? En attendant ta chute, j’aimerais, si ça ne te dérange pas, te raconter la fois où l’un de tes semblables a bien failli avoir ma peau en même temps que ma prime.
C’était il y a une exactement un an de cela. Je m’en souviens parce qu’il faisait aussi chaud qu’aujourd’hui et que notre bon roi venait de passer l’arme à gauche. Je venais de fuir ma cité à ce momentlà . Je n’avais pas pris de cheval, les traces auraient mis la garde de la ville sur ma piste. Je partis me réfugier au creux d’une vallée, en amont du Mont Malade. Ça me fait d’ailleurs penser… J’ai jamais bien su pourquoi on l’appelait comme ça. Mais j’avais mes théories, bien sûr. La plus probable, c’était parce que la forêt sur le mont était si décharnée rouge et sèche qu’on aurait effectivement pu croire la montagne atteinte d’une étrange maladie. Et toi, t’en penses quoi ? Sans voix, hein ? Ouais, c’est souvent ce qui arrive quand on est suspendu par une main à une cinquantaine de mètres du sol. Mais revenons à nos moutons. … Tu l’as ? Moutons ? Je m’étais donc établi dans une grotte, à flanc de falaise. C’était particulièrement pratique, parce que rares étaient les gens capables de venir me rendre visite. J’avais mon petit campement. Un feu de camp, un lit de plumes et j’avais même la chance d’avoir une petite source d’eau qui traversait ma cachette. Je vivais en ermite, en sauvage, à ce moment-là . Seul un petit garçon avait apparemment remarqué ma présence en ces lieux. Une fois, il était venu me saluer dans la langue locale. Je n’en comprenais pas un mot. Muet, je me contentai d’esquisser un geste. C’était un jeune berger d’un village voisin, à cette époque-ci. De temps à autre, il avait la bonté de m’amener quelques produits de son travail. Un véritable ange, le gamin. Ah… tu feras attention, j’ai l’impression que ta main commence à glisser. Ça doit être à cause de cette chaleur. C’est toute l’année comme ça, par ici. Bref, un jour que j’étais parti chasser dans ces bois malades, j’ai su que quelque chose clochait. Dans la forêt, en plus de branches cassées par la main d’un homme, j’avais croisé les restes d’un camp. Quelques traces de sabots, des pierres étrangement arrangées, un peu de cendres noircissant la terre, il n’en fallait pas plus. Tu feras d’ailleurs attention la prochaine fois : c’est la lumière de ton feu de camp qui m’a alerté de ta venue. En tout cas, une chose était sûre, je n’étais pas seul dans cette forêt. La nuit tombée, j’ai laissé mon feu de camp allumé et me suis caché dans un petit campement de retrait, de l’autre côté de la vallée. Bien tapis derrière un rocher, je pouvais encore distinguer les mouvements de mon feu. Car j’ai l’œil, moi, et le bon. Une nuit durant, j’ai observé le mouvement autour de ma grotte. Rien de bien alarmant, de prime abord, une loutre a dû venir se sustenter de mes vivres, une meute de loup rampait sous la falaise, j’ai vu un oiseau ou deux passer devant le feu. Mais, alors que le Soleil se levait, projetant une lumière rosée sur la vallée, je l’ai vu. La silhouette de celui qui voulait ma mort. Le vil passa quelques instants à fouiller mon campement avant de déguerpir en longeant la paroi rocheuse avec une impressionnante dextérité. Enfin, il partit et je me remis aussitôt en route. Il savait certainement que je m’étais aperçu de sa présence. Aussi, dès que je fus de retour au camp principal, dans ma chère grotte, je me préparai à sa prochaine venue. J’aiguisai mon couteau, réparai mon arbalète et concoctai quelques toniques dans l’attente de cette rencontre. Mais alors que… Attends, ton bras tremble déjà ? Eh bien… on dirait que tu n’arrives pas à la cheville de tes prédécesseurs ! Tiens le coup encore un peu, j’arrive à la partie la plus intéressante.
Hum, hum… Mais alors que je m’attendais à le voir se glisser dans mon antre avec discrétion, je fus bien surpris d’entendre le galop de mon adversaire en bas de la falaise. Il me héla : « Monseigneur Malkym, si vous consentez à vous rendre sur l’heure, je vous jure une mort aussi rapide que je ne le puis ! Et quasi-indolore, avec cela ! J’obtiendrai l’argent et la gloire, et vous une belle fin !» Très clairement, le type me prenait pour un sacré demeuré. Mais ce qui me surpris le plus fut le ton de sa voix. Je m’attendais à une voix ferme, de guerrier prêt à en découdre. Néanmoins, c’est une voix bien plus fluette qui accourra à mes oreilles. Une femme mercenaire ! Tu y crois, toi ? Mais bon, tu commencespeut-être à me connaître, depuis le temps : je n’allais ni la prendre en pitié, ni me rendre bien gentiment. Pas question de lui céder la gloire de ma mort si facilement. J’ai donc poliment décliné son offre. La traqueuse me pria de nouveau et je refusai tout bonnement. Tu aurais vu ça ! Ah ! On aurait dit un dialogue de sourds ! Tu aurais pu faire la même chose,d’ailleurs. Ça aurait eu plus de style et le mérite d’être un minimum divertissant. Après quelques échanges infructueux, elle me dit finalement : « Très bien ! Puisque vous ne consentez guère à vous rendre, je viendrai moi-même récolter ma prime avec les honneurs, messire ! » Sur quoi, je l’entendis grimper la falaise avec plus d’empressement. Assis sur mon tabouret de bois, je comptais bien sur le fait qu’elle se brise le cou en glissant sur une pierre plus ronde que les autres, mais elle fit preuve de la même agilité que toi. Bientôt, je la vis debout sur le seuil de ma grotte, certainement avec la ferme intention de s’emparer de ma tête, tel un trophée qui lui vaudrait probablement une retraite au bord de l’eau. Ce n’était pas la première à convoiter mon délicat faciès, mais d’habitude, ce n’était pas pour les mêmes raisons. En tout cas, elle avait fière allure, la donzelle ! Une armure complète de cuir et de maille, cloutée pour plus de résistance, et une épée longue aussi fine qu’elle ne paraissait efficace, avec laquelle elle jonglait adroitement. Mais, le plus étonnant, c’est qu’elle n’était pas dénuée d’un charme… particulier. Elle n’était peut-être pas de celles qui portaient de longues robes, mais la guerrière n’était pas dépourvue de beauté. Son visage, rond, était coloré de taches de rousseur et marqué de ses combats passés. Ses yeux verts étaient remplis d’une malice combative tandis que ses cheveux, promptement attachés, étaient d’un joli châtain. Tu peux peut-être te dire qu’il est impressionnant que je me souvienne encore de tels détails, et tu n’aurais pas tort. Mais il faut bien avouer que la guerrière m’avait tapé dans l’œil… au sens figuré, bien sûr. Bref, elle me fit une maladroite révérence, ce qui relevait de l’exploit étant donné sa tenue, et se mit en garde, épée en main. Toujours surpris par la féminité de cette adversaire, je lui demandai son nom. J’apprécie de connaître le nom des gens auxquels j’ôte la vie. Même si je dois avouer ne pas connaître le tien, depuis tout ce temps. Non ! Ne me le dis pas. Tu resteras à jamais pour moi « l’homme qui tenta pitoyablement de me pousser dans le vide »… ça claque, non ? … Elle se présenta à moi comme ça : « Monseigneur, je suis Shelly Gollins, chasseuse de primes de renom ! Soyez donc tout autant honoré que moi à l’idée de notre affrontement. » Son nom ne me disait rien. Un silence mortel s’empara de la caverne, interrompu par les crépitements de mon feu. Mon arbalète dans les mains, son épée longue dans la sienne, cette attente parue durer des heures. Je sais… j’aurai certainement dû lui tirer dessus dès le moment où sa tête dépassait de la falaise, mais je voulais la voir de mes yeux avant toute chose. Je la tenais en joug et elle tenait sa garde. Finalement, je lui annonçai, avec fierté : « Shelly Gollins, c’est en effet un immense honneur pour moi d’avoir pu te parler juste avant ta disparition. » À peine eus-je fini ma phrase que mon carreau d’arbalète partit en direction de son ventre. C’était peut-être peu glorieux, mais je m’évitais les peines du combat. Au fait… tu as pensé à changer de main ? Histoire de rester en vie un peu plus longtemps ? Ah non ! Suis-je bête… T’as un carreau dans l’autre bras ! Vous ne devez pas sortir de la même formation, elle et toi, car elle dévia mon carreau avec une rapidité déconcertante, avant de se ruer, épée en main, vers mon petit tabouret de bois ! Surpris par une telle agilité, j’esquivai son puissant coup, qui vint trancher en deux mon assise. Je n’eus pas le temps de sortir mon couteau de son fourreau, qu’elle me mit un coup de coude dans le torse qui le fit valser dans la grotte. Ayant largement sous-estimé mon adversaire, je n’avais pas pris la peine de m’équiper de mon épée, que j’attrapai au sol, étourdi par les coups. Nous voilà alors à armes égales. Souffrant, mais toujours debout, je me tenais prêt à parer la prochaine attaque. Shelly ne se fit pas prier et s’élança vers moi. Je perdis son épée de vue une seconde. La suivante, la voilà qui venait de heurter mon flanc de plein fouet. Elle n’avait aucune pitié. C’était compréhensible étant donné mon crime. M’éloignant de la guerrière, je pus tirer un tonique de ma poche. Une décoction de Frizal qui me revigora bien vite. Je serrai plus intensément le manche de ma lame et réussis à parer un coup haut avant de riposter d’un coup de botte particulièrement bien placé. Elle fut projetée un peu plus loin, sous l’effet de la potion. Du sang fut porté à ses lèvres. La voilà enfin blessée ! Elle voulut bien vite se venger. À peine eut-elle repris ses esprits que Shelly s’empara de mon couteau qu’elle me lança aussitôt, aussi bâtarde que moi. Prenant plus de recul afin d’esquiver le projectile, je ne pus parer le coup d’estoc qu’elle vint me porter, qui transperça le cuir de mon armure et pénétra ma chair. Si tu avais étéaussi doué lors de notre affrontement, j’aurai loué tes compétences, ça, c’est sûr ! Fort heureusement pour moi, je réussis à lui mettre un coup d’épée à la cheville en tombant au sol. Blessée, elle s’écroula à son tour. Et nous étions de nouveau tous deux en même position. Quelle adversaire ! Quel combat ! Cette fois, je fus plus rapide qu’elle. J’empoignai mon épée pour me relever, blessé, et m’apprêtai à lui porter le coup de grâce quand la combattante roula sur le côté, esquivant le coup pour m’en porter un autre. Un coup dans le flan qui me fit perdre mon épée qui tomba dans le vide. Je ne me doutais pas que nous nous étions alors autant rapprochés du vide. J’étais désarmé, au bord d’une falaise, face à une guerrière expérimentée, l’épée à la main et la rage au visage. Prise dans cette dite rage, la chasseuse de primes s’élança vers moi de nouveau. Contrairement à elle, j’avais réussi gardé ma concentration, si bien que je pus esquiver sa charge. Elle trébucha sur le bord de la falaise et faillit tomber, si elle n’avait pas eu le réflexe de retenir sa chute grâce à son épée.
Tu fais le rapprochement, maintenant ? Au bord d’une falaise, face à moi, retenue de la mort par la seule force de l’un de ses bras… La seule différence entre elle et toi, c’est une épée. Une magnifique épée d’un acier très résistant dont je pus m’emparer alors qu’elle implorait ma pitié. Je lui arrachai la lame des mains, coupant par la même occasion le dernier fil la séparant d’une mort certaine. Son cri de détresse fut perdu à travers la vallée lors de sa chute. Je fus un peu triste de devoir lui ôter la vie, tu sais ? C’était une si belle et tenace jeune femme. Tout l’inverse de toi, après tout. Sa disparition fut suivie de la mienne. J’ai finalement pu trouver refuge ici. Et des années après te revoilà à nouveau. Qui aurait cru que je pourrai revoir cet ange, un jour ? Et pour venir m’abattre, qui plus est ! Enfin, si ça peut te consoler, tu vas pouvoir retrouver les esprits perdus de ton village. Estime-toi heureux, tu pourras servir de nourriture à quelques bestioles, une fois en bas.
FIN.
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