L'Académie de Lu





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À la manière de l'isekai


Souvenirs et renaissance

(par Awoken)
(Thème : Ă€ la manière de l'isekai)



“Bon-jour, qu’est-ce-que-je-vous-sers?”


La jeune fille lança un regard fatigué à l’andro-barman.


“Un pepsy-cola… Et des gâteaux de sauterelles…”


Sans attendre de réponse, elle savait qu’il n’y en aurait pas, la femme ôta son casque, laissant à l’air libres des noirs cheveux bouclés, coupés au carré et les secoua en coup. Elle s’affala sur son siège, basculant la tête en arrière, et fixa le plafond. Elle possédait un visage doux, presque enfantin, bien que de nombreuses marques témoignent de ce qu’elle avait pu vivre: une cicatrice lui barrait le sourcil droit et une diode scintillait sur sa tempe. Ses traits étaient pâles, presque livides, seuls ses yeux verts sombres où transparaissait encore un peu de lumière témoignaient de la vie qu’il y avait dans ce corps frêle.


Le robot ramena sa cliente de ses nuage en lui servant se commande dans une vaisselle de fer blanc. Tout ici était en métal, de la vaisselle au plafond, tout, y compris sa combinaison. Elle but une gorgée. Un autre robot, ressemblant plus à un insecte géant qu’autre chose arriva. Il possédait six pattes parfaitement simétriques et un oeil jaune au centre. Son corps était recouvert de dizaines de dessins, le faisant ressembler à une œuvre abstraite sortie tout droit d’un musée. L’engin cybernétique resta un moment à la porte, semblant chercher quelque chose, avant d’aller s’installer aux pieds de la jeune fille.


“Lorin, faut y aller!


— Sérieux?! Déjà? J’ai même pas encore mangé.


— T’as qu’à prendre à emporter, Lamnie veut te voir… Maintenant!


— … Génial!... J’aurais jamais de vrai pause avec ce boulot moi…”


La dénommée Lorin fourra rapidement des gâteaux dans ses poches et sortit de la gargotte en bougonnant, ne prêtant même plus attention au bruit strident annonçant que le paiement automatique avait bien été effectué. Dehors, la jeune femme retrouva son bolide, une moto antigravitationnelle à propulsion par antimatière. Sans attendre, elle l’enfourcha et démarra en trombe, l’insecte robotique n’ayant que le temps de sauter sur le dos de sa maîtresse.


Le véhicule fila à toute allure à travers les grandes avenues encombrées de panneaux publicitaires pour s’arrêter devant un petit magasin aux airs de brocante. Sans hésiter, l’habituée entra. Elle se planta devant l’entrée face à un homme aux joues creuses bien qu’il possède un certain embonpoint.


“Tu voulais me voir?


— Oui, je crois que j’ai trouvé comment te faire rentrer chez toi.”


La jeune fille ne laissa transparaître aucune émotion, ce n’était pas la première fois qu’il lui disait ça, à chaque fois il y avait eu un problème. L’un de ces problèmes l’avait carrément rendue sourde et on avait dû lui poser un implant auditif.


“ça n’a pas l’air de t’émouvoir.


— Vu tous les faux espoirs que tu m’as donné, c’est justifié je pense… -répliqua-t-elle d’un ton froid-


— Sauf que cette fois, j’ai déjà testé la machine!


— Et avec quoi, un fossile de chat errant?!


— Bien mieux que ça! Avec une sonde qui m’a transmis des images de l’autre côté.”


Cette fois, Lorin ne put s’empêcher un début de sourire. Trois ans. Trois ans qu’elle essayait de rentrer chez elle, sur Terre. Trois ans qu’elle avait essayé de survivre dans ce monde dont elle ne connaissait rien. Il y avait enfin un espoir. Peut être minime, mais un espoir quand même.


Le boutiquier l’invita à le suivre et l’emmena dans l’arrière boutique. Là, il souleva un tapis poussiéreux et ouvrit une trappe cachée en dessous. Il appuya sur un interrupteur et descendit, suivit de la jeune femme. Ils débouchèrent dans une vaste cave où étaient entassés des dizaines de machines et de gadgets en tout genre. Au centre, baignant dans une lumière fluorée, une immense arche trônait. Lamnie se dirigea vers un ordinateur juste à côté et commença à activer le portail. Soudain, il s’arrêta net.


“Lorin, il faut que je te dise… Si tu y vas, ça sera un aller sans retour…


— Comment ça?


— Eh bien… Quand la sonde est arrivée de l’autre côté, elle s’est rapidement éteinte, alors je l’ai ramenée et… tous ses programmes avaient disparu. Donc, en rapportant ce phénomène aux êtres vivants, si tu passes ce portail, tu perdras tous tes souvenirs, tu ne connaîtras plus rien, comme si tu venais de naître. Es-tu prête à prendre ce risque?


— ça veut dire que… même si je rentre chez moi, je ne reconnaîtrais ni ma famille, ni personne d’autre? -demanda-t-elle, une boule dans la gorge-


— Je le crains fort.


— Mais si je ne passe pas ce portail, cela signifie rester bloquée ici pour toujours…”


L’homme acquiesça. La jeune fille, elle, jeta un regard à tout ce qui l’entourait, rien ne la retenait ici, elle n’avait… Ses yeux se posèrent sur l’insecte multicolore qui lui servait de robot. En un instant, des dizaines de souvenirs lui revinrent en mémoire, des moments de joie, de doute, de complicité… Des moments qui lui étaient chers. Était-elle prête à abandonner tout cela pour retrouver des personnes qu’elle ne reconnaîtrait même pas?


“Aib?


— Oui Lorin?


— Tu ferais quoi à ma place?


— Je ne suis pas à ta place.


— Oui, mais si tu y étais?


— Mes programmes…


— Oh! Arrête avec tes programmes! On sait tous très bien que t’es bien plus qu’un programme… -elle respira un grand coup- Est-ce que… -elle s’arrêta puis repris, des trémolos dans la voix- Est-ce que tu serais prêt à m’oublier pour rejoindre des personnes qui te sont chères au risque de ne pas les reconnaître?


— Mais… Je n’ai que toi…”


Pendant un moment, le temps semble comme en suspension. Personne ne dit rien, personne ne bouge. Soudain, Lorin tombe à genoux, les larmes aux yeux et commence à serrer Aib dans ses bras. Il se passe de nouveau un certain temps avant que la jeune femme de désserre son étreinte. Elle se releva puis, d’un ton neutre, dit à son ami:


“Merci Lamnie… Mais je n’en aurais pas besoin…


— Mais… je pensais que tu voulais retrouver ta famille!


— A quoi bon si je ne me souviens pas que c’est la mienne, si je ne sais pas qui je suis.”


Sans dire un mot de plus, la jeune femme remonta, son robot sur les talons. Le boutiquier la rattrapa alors qu’elle passait la porte du magasin.


“Mais… Qu’est-ce que tu vas faire maintenant? Tu ne vivais que pour ça, pour retourner chez toi!

— Les choses changent, c’est ici chez moi maintenant.”


Sans lui laisser le temps de protester, elle enfourcha sa moto et partit en trombe à travers les avenues encombrées de panneaux publicitaires.














Ellumyne

Ton texte est vraiment pas mal @Awoken, esprit versatile . Tes descriptions sont suffisantes pour s'immerger dans le monde que tu nous proposes. J'ai particulièrement aimé le dillemne auquel ton personnage est confronté, et le tout rend plutôt bien.


Le 19/08/2023 à 18:19:00

















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